[Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 7 avril 2026 et republié le 17 septembre]
En déménageant en Norvège voilà presque dix ans, le Barcelonais Juanjo Ruiz estime qu’il a gagné en sérénité. Au quotidien La Vanguardia, il confie : “J’ai le sentiment que mon avenir dépend davantage de mes efforts que de la chance.” La Norvège n’est pas un paradis. C’est en revanche un pays où l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est une réalité.
À Tromsø, la seule ville de près de 80 000 habitants située au-delà du cercle polaire arctique, la vie est rythmée par soixante-seize jours de nuit polaire en hiver et soixante-seize jours de soleil de minuit en été. Juanjo Ruiz a dû s’y faire. “Tout est fonction de la lumière. Le soleil de minuit exige de la discipline : avec vingt-quatre heures de lumière par jour, il est difficile de s’endormir. Certaines personnes ont du mal à se reposer, même si le problème peut être résolu par des routines bien établies et des rideaux occultants.”
Inversement, l’hiver, l’obscurité est pesante. “Pendant cinq heures environ, une lumière semblable à celle de l’aube apparaît. Le véritable défi est mental : maintenir ses habitudes, son activité et sa motivation. Il faut faire de l’exercice, voir du monde et avoir des projets.” Il faut aussi prendre soin de sa santé. “Entre septembre et avril, la vitamine D est essentielle.”
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Des conditions de vie qui vous transforment de l’intérieur, explique Juanjo Ruiz. “L’Arctique vous oblige à vous adapter et vous permet de mieux vous connaître.” La façon dont il peut exercer aujourd’hui sa profession d’avocat dans le secteur public – il assiste les gens dans leurs démarches –, l’y ont également aidé.
Il explique : “Ici, on ne travaille pas moins, on travaille différemment.” La loi norvégienne exige que le travail soit adapté, dans la mesure du possible, aux besoins du salarié. “Ce qui rend le modèle plus viable à long terme, tant sur le plan professionnel que personnel.”
Un autre rapport au temps
Les Norvégiens ne travaillent pas moins que les Espagnols, mais l’environnement de travail favorise la concentration et le calme. Les journées sont en général plus courtes et plus efficaces. “La principale différence – outre le niveau des salaires – réside dans le rapport au temps : ici, partir à l’heure n’est pas mal vu et l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée est un droit et non un privilège.”
L’autonomie dans les tâches est réelle. Le travail est axé sur les objectifs et pas sur le contrôle. “Je peux organiser mon temps comme je le souhaite, aller me promener si j’en ai besoin ou télétravailler certains jours sans avoir à me justifier.” La hiérarchie est horizontale et il est possible d’exprimer son désaccord avec un manageur, pourvu qu’on le fasse avec respect.
À Tromsø, la vie est chère, précise Juanjo Ruiz, qui avoue être parfois choqué de devoir payer 25 euros pour une pizza, “mais c’est ce qui permet aux serveurs et aux cuisiniers de gagner un salaire décent”. Quant aux Norvégiens, ils peuvent paraître froids et bien moins sociables que les Espagnols. Ils sont en réalité très respectueux de l’espace vital de chacun. “Il ne s’agit pas de froideur ou de chaleur humaine, mais de différences culturelles.”
Rentrer en Espagne ? Juanjo Ruiz n’y pense pas pour le moment. “Je suis heureux ici. Vivre à l’étranger m’a montré qu’on peut se sentir chez soi dans plusieurs endroits, même si aucun n’est parfait.”
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