En ce 21 juillet 2024, un mois après les élections sénatoriales thaïlandaises, une centaine de nouveaux élus arrivent les uns après les autres à l’Hôtel Pullman King Power, dans le centre de Bangkok. Ils déposent leur téléphone portable avant de pénétrer dans une salle de banquet. Dans la salle, une liste donne les consignes de vote pour les postes de président et de deux vice-présidents du Sénat – ils seront élus deux jours plus tard, avec une très forte majorité.
Ces arrangements, s’ils ont bien eu lieu, sont hautement illégaux : les élections sénatoriales thaïlandaises cette année-là, les premières depuis le coup d’Etat de 2014, se faisaient au scrutin indirect. Quarante mille candidats originels avaient été sélectionnés au sein de 20 groupes socioprofessionnels distincts et devaient voter entre eux, pour rester indépendants des partis politiques. Or, dans la salle de banquet ce jour-là, deux personnages officient en tant que maîtres de cérémonie : Anutin Charnvirakul, président du Bhumjaithai (BJT, Parti de la fierté thaïlandaise) et alors ministre de l’intérieur (il est aujourd’hui premier ministre), et le fondateur de son parti, Newin Chidchob, un puissant parrain de l’ombre de la politique thaïlandaise. Sans surprise, le nouveau Sénat s’est avéré le meilleur allié de ce parti conservateur et nationaliste dans sa conquête du pouvoir.
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