En 2025, près de 10 000 ressortissants américains ont émigré en Irlande. C’est deux fois plus que l’année précédente. Le phénomène est historique, souligne la BBC : c’est la première fois que le nombre d’Américains s’installant en Irlande dépasse celui des Irlandais qui émigrent aux États-Unis.

“Pendant des siècles, des millions d’Irlandais ont émigré aux États-Unis en quête de travail ou d’une vie meilleure et les Américains d’origine irlandaise forment l’un des groupes ethniques les plus importants du pays”, rappelle le site de la radio britannique, qui mentionne au passage les ancêtres irlandais des ex-présidents américains John F. Kennedy et Joe Biden.

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Mais dans les heures qui ont suivi l’élection de Donald Trump, en 2024, la société Expatsi, une entreprise qui aide les citoyens américains à s’installer à l’étranger, a enregistré sur son site Internet un trafic équivalent à un mois de demandes en temps ordinaire. Au même moment, les demandes de passeports irlandais aux États-Unis ont augmenté de 10 %, selon le ministère irlandais des Affaires étrangères.

L’inversion des flux migratoires entre les deux pays est-elle un simple accident de parcours ou constitue-t-elle les prémices d’une tendance plus profonde ? s’interroge la BBC.

L’Irlande, “un endroit où il fait bon vivre”

Selon le romancier irlandais Colm Tóibín, lui-même installé aux États-Unis, elle reflète en tout cas les évolutions politiques survenues dans les deux pays. Au cours des dernières décennies, la société irlandaise, “autrefois profondément conservatrice”, est devenue nettement plus libérale et progressiste à la suite des référendums sur le divorce, l’avortement et le mariage homosexuel. “Tout le monde a pris conscience que l’Irlande est un endroit où il fait bon vivre.”

À l’inverse, les États-Unis “ont viré à droite” sous la présidence de Donald Trump qui, depuis son retour au pouvoir, a lancé une vaste campagne de répression contre les immigrés. “L’Irlande s’est considérablement libéralisée et a pris une direction diamétralement opposée à celle des États-Unis”, confirme Kevin Wozniak, qui a quitté Boston en 2023 après avoir obtenu un poste à l’université de Maynooth, près de Dublin.

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Colm Tóibín souligne les dangers que courent actuellement de nombreux émigrés aux États-Unis. “Parmi les Irlandais installés aux États-Unis qui paient leurs impôts, qui sont propriétaires de leur maison et qui ont des enfants scolarisés, beaucoup sont entrés dans le pays avec un visa de touriste, explique Colm Tóibín. Si l’ICE [la police de l’immigration et des douanes] les identifiait, elle les arrêterait. C’est terrifiant.”

La vague de retours au pays enregistrée en Irlande intervient alors que les États-Unis ont connu l’année dernière un nombre de départs supérieur à celui des arrivées, selon un rapport de la Brookings Institution. Selon The Wall Street Journal, “au moins 180 000 Américains” ont quitté volontairement les États-Unis en 2025. Un chiffre sans précédent, indique le quotidien.