Des milliers de personnes ont participé, samedi 18 juillet matin à Addis Abeba, à une manifestation de soutien au gouvernement fédéral éthiopien et contre une campagne de recrutement forcé menée par les autorités de la région rebelle du Tigré, dans le nord de l’Ethiopie, a constaté l’Agence France-Presse (AFP).
L’AFP avait fait état, mi-juin, d’une campagne de recrutement forcé menée par les autorités régionales du Tigré, citant des témoignages de jeunes hommes ayant réussi à s’échapper de camps d’entraînement où ils avaient été emmenés contre leur gré ou ayant préféré fuir leur ville, voire la région, pour échapper aux rafles. Début juillet, l’ONG Human Rights Watch avait également établi que les forces locales de sécurité acquises au Front populaire de libération du Tigré (TPLF), qui gouverne l’Etat régional depuis trente-cinq ans, recrutaient de force des hommes, dont des mineurs parfois âgés d’à peine 15 ans.
« Le gouvernement éthiopien doit remplir son devoir de protection du peuple du Tigré », pouvait-on lire sur une banderole brandie samedi dans la manifestation d’Addis Abeba. « Arrêtez de faire du trafic de combattants vers le Soudan », était-il écrit sur une autre.
L’exécutif et certains médias éthiopiens affirment que des Tigréens sont envoyés de force par le TPLF au Soudan, en proie à une guerre civile dévastatrice. Aucune preuve permettant d’étayer cette thèse n’a toutefois été présentée.
Trois ans de calme relatif
L’Ethiopie et le Soudan ont des relations houleuses. Un laboratoire de recherche de l’université américaine Yale avait conclu début avril qu’une base militaire éthiopienne proche de la frontière soudanaise aidait les Forces de soutien rapide (FSR), groupe paramilitaire qui combat l’armée soudanaise depuis 2023. Le Soudan a accusé en mai l’Ethiopie d’« agressions » après des attaques de drones partis, selon lui, du territoire éthiopien. Addis Abeba affirme de son côté que le Soudan finance le TPLF.
Cette inquiétante escalade verbale entre les deux pays s’inscrit dans une dynamique tout aussi préoccupante autour du Tigré, qui a connu entre 2020 et 2022 un conflit destructeur – l’un des plus meurtriers de ces dernières décennies dans le monde – ayant fait au moins 600 000 morts, selon l’Union africaine. Le TPLF y était alors opposé aux forces fédérales, appuyées par des milices locales et l’armée érythréenne.
Après trois ans de calme relatif consécutif à la signature de l’accord de paix de Pretoria, de premiers affrontements directs ont à nouveau opposé fin 2025 forces tigréennes et armée fédérale, et les relations entre les deux parties deviennent toujours plus hostiles.
Le TPLF « rassemble de force la jeunesse du Tigré, la vend au pays voisin, le Soudan, par le biais de l’Erythrée, et l’expose à la guerre », a dénoncé Bahlbi Tsegaye, un protestataire de 42 ans. L’ancien chef rebelle tigréen Getachew Reda, qui a changé de camp et est devenu le ministre des affaires est-africaines éthiopien, était présent à la manifestation.