Quand elle regarde en arrière, Charline (les personnes citées par un prénom ont requis l’anonymat), 34 ans, se demande si elle a été « trop naïve ». Après quinze ans d’un parcours sans faute pour devenir enseignante-chercheuse – classe prépa, Ecole normale supérieure, agrégation de lettres, doctorat –, cette docteure en littérature pensait sincèrement pouvoir concilier maternité et recherche : « Je me disais que ce serait difficile, mais que j’y parviendrais. Je voyais toutes ces collègues qui avaient attendu de décrocher un poste fixe pour essayer d’avoir un enfant, vers 38 ans, et souvent avec beaucoup de difficultés. Je ne voulais pas prendre ce risque », se souvient-elle. Mais, à 31 ans, l’arrivée d’un enfant annihile son espoir d’obtenir la position de maîtresse de conférences (MCF).
Elle participe enceinte à une première campagne de recrutement peu après sa soutenance de thèse, envoyant des dossiers chronophages à constituer pour plusieurs universités, partout en France. Mais elle n’obtient d’audition nulle part. « A partir de là, avec un enfant à charge, je n’ai pas pu enchaîner les postes précaires et souvent mal rémunérés réservés aux jeunes docteurs, qui nous forcent à voyager à travers tout le pays, voire à l’étranger, sur plusieurs années », raconte Charline. Elle se décide à partir enseigner dans le secondaire. Après le collège et le tunnel du soir avec son bébé, elle enchaîne sur une troisième journée, afin de continuer à publier et à répondre à des appels à projets « pour ne pas être oubliée » par le monde universitaire. Mais quand la campagne de recrutement des MCF suivante se solde par un nouvel échec, la jeune femme, épuisée, abandonne.
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