Il est impossible de passer une journée sans entendre parler de l’intelligence artificielle (IA). Son carburant, les données, n’est pas le fruit de simples collectes. Elles sont fabriquées, « mitonnées », dirait le sociologue des sciences et technologies Geoffrey Bowker. Des morceaux d’informations vont devenir données à la suite de processus de nettoyage, de traitement, de mise en forme, etc. Ces processus sont des choix. L’acte de fabriquer des données devient très vite politique.
Le livre de la chercheuse américaine danah boyd (elle tient à l’absence de capitales, nous dit son éditeur, C&F Editions) qui sort tout juste en France (La Fabrique des données, 464 pages, 32 euros) nous propose une plongée dans une histoire, quasi épique, de production de données, hautement politique, au sens sociologique. C’est-à-dire le fruit d’une négociation de pouvoir. L’ethnographe enquête sur des données au fondement du fonctionnement de la démocratie des Etats-Unis : celles du recensement des habitants. Pendant huit ans, elle suit de l’intérieur le travail du bureau du recensement. Elle devient la confidente de nombreux agents de l’institution et peut recueillir une parole rarement exprimée, puisqu’elle n’est « ni [leur] subordonnée ni [leur] supérieure hiérarchique ». Le recensement – prévu tous les dix ans par la Constitution – sert à déterminer le nombre de représentants que chaque Etat élira au Congrès.
Le livre se concentre sur le recensement de 2020 et la « production de données légitimes et de haute qualité dans un environnement sous pression ». Nous sommes à la fin du premier mandat de Donald Trump. Les tensions et les pressions sont fortes.
Les agents publics sont confrontés à un nombre croissant de difficultés et à des tentatives d’ingérence de l’administration Trump, qui aimerait introduire une question sur la citoyenneté. La pandémie de Covid-19 perturbe le travail de collecte. Des campagnes surgissent de la société civile, qui craint la sous-estimation de certaines populations ou l’instrumentalisation des données.
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