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Géopolitique

Le technofascisme, ou la radicalisation de la Silicon Valley

Cette notion a émergé comme une manière de saisir la nature inédite du projet politique qui semble modeler le second mandat de Donald Trump, tout en suscitant un débat conceptuel entre ceux qui l’emploient.

Le technofascisme, ou la radicalisation de la Silicon Valley
HaitiCreoleRadio.com

Depuis quelques mois, une brochure radicale circule sous le manteau. Et, bien entendu, loin des réseaux sociaux. Signé par le mouvement technocritique Ecran total, ce texte, aujourd’hui publié aux éditions La Lenteur, s’était déjà diffusé à 3 000 exemplaires avant d’atteindre les librairies, début 2026. Le titre de ce manifeste : Technofascisme. Une proposition de quitter au plus vite tous les réseaux sociaux (40 p., 5 euros), seul moyen selon ce collectif de faire reculer la forme très particulière d’extrême droite née dans la Silicon Valley. Un mouvement que résume le salut nazi du patron de X, Elon Musk, lors de la cérémonie d’investiture de Donald Trump en janvier 2025, et qui propulsera dans l’actualité ce mot : « technofascisme ».

Celui-ci n’est pas nouveau. André Gorz l’employait dès 1977 dans Ecologie et liberté (éd. Galilée) pour cibler la technocratie d’Etat s’occupant de l’environnement, et son « ingénierie appliquée aux systèmes vivants ». Le penseur écosocialiste est mort en 2007, dans un monde refaçonné par la guerre contre le terrorisme, quatre ans après la naissance d’une société au nom tiré du Seigneur des anneaux, Palantir, cofondée par un entrepreneur obsédé par l’Antéchrist, Peter Thiel. Deux décennies plus tard, le nom de ce milliardaire libertarien et celui de sa société – qui équipe notamment de ses logiciels la controversée police de l’immigration américaine – sont devenus les emblèmes de ce qu’une flopée d’ouvrages récents cerne sous le label de « technofascisme ».

Traumachine. Intelligence artificielle et technofascisme (MF, 2025), du philosophe Frédéric Neyrat ; Apocalypse Nerds. Comment les technofascistes ont pris le pouvoir (Divergences, 2025), des journalistes Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet ; Technofascisme. Le nouveau rêve de la suprématie blanche (Météores, 200 pages, 16 euros), du philosophe Norman Ajari ; mais aussi La Sommation technologique. Au temps des catastrophes (La Fabrique, 208 pages, 16 euros), du sociologue Irénée Régnauld. Quatre ouvrages qui signalent autant la sidération provoquée par le nouveau mandat de Trump chez les intellectuels que le désir de conceptualiser par un mot nouveau ce qui advient avec ce pouvoir inédit. Cette forme serait donc le technofascisme, que Nastasia Hadjadji définit comme « l’utilisation d’une infrastructure technologique pour mener une contre-révolution visant à capturer l’Etat au bénéfice d’entreprises privées ».

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