En direct Jeudi 8 Octobre 2026
Géopolitique

Fabriquer les données, le carburant de l’IA, devient très vite politique

Le livre d’une ethnographe américaine nous éclaire sur les risques encourus par la démocratie lorsqu’un pouvoir s’attaque à l’un de ses fondements : le recensement de la population, raconte dans sa Carte blanche au « Monde » la sociologue Gaëlle Krikorian.

Fabriquer les données, le carburant de l’IA, devient très vite politique
HaitiCreoleRadio.com

Il est impossible de passer une journée sans entendre parler de l’intelligence artificielle (IA). Son carburant, les données, n’est pas le fruit de simples collectes. Elles sont fabriquées, « mitonnées », dirait le sociologue des sciences et technologies Geoffrey Bowker. Des morceaux d’informations vont devenir données à la suite de processus de nettoyage, de traitement, de mise en forme, etc. Ces processus sont des choix. L’acte de fabriquer des données devient très vite politique.

Le livre de la chercheuse américaine danah boyd (elle tient à l’absence de capitales, nous dit son éditeur, C&F Editions) qui sort tout juste en France (La Fabrique des données, 464 pages, 32 euros) nous propose une plongée dans une histoire, quasi épique, de production de données, hautement politique, au sens sociologique. C’est-à-dire le fruit d’une négociation de pouvoir. L’ethnographe enquête sur des données au fondement du fonctionnement de la démocratie des Etats-Unis : celles du recensement des habitants. Pendant huit ans, elle suit de l’intérieur le travail du bureau du recensement. Elle devient la confidente de nombreux agents de l’institution et peut recueillir une parole rarement exprimée, puisqu’elle n’est « ni [leur] subordonnée ni [leur] supérieure hiérarchique ». Le recensement – prévu tous les dix ans par la Constitution – sert à déterminer le nombre de représentants que chaque Etat élira au Congrès.

Le livre se concentre sur le recensement de 2020 et la « production de données légitimes et de haute qualité dans un environnement sous pression ». Nous sommes à la fin du premier mandat de Donald Trump. Les tensions et les pressions sont fortes.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés « L’administration Trump, en proposant de cesser la collecte de données raciales et ethniques, cherche à rendre les lois antidiscrimination inapplicables »

Les agents publics sont confrontés à un nombre croissant de difficultés et à des tentatives d’ingérence de l’administration Trump, qui aimerait introduire une question sur la citoyenneté. La pandémie de Covid-19 perturbe le travail de collecte. Des campagnes surgissent de la société civile, qui craint la sous-estimation de certaines populations ou l’instrumentalisation des données.

Il vous reste 47.59% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Article précédent Soupçon de peste en Russie : les Etats-Unis réclament « plus… Article suivant Le technofascisme, ou la radicalisation de la Silicon Valley

Commentaires (0)

Laisser un commentaire

0 / 2000 caractères

Aucun commentaire. Soyez le premier !