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Flash-back | 15 août 1969 : Duvalier chasse les prêtres de Saint-Martial, dix hommes envoyés en exil

PORT-AU-PRINCE — Il y a 57 ans, le 15 août 1969, le régime de François « Papa Doc » Duvalier franchissait une nouvelle étape dans sa confrontation avec une partie de l’Église catholique. Neuf prêtres associés au courant intellectuel et pastoral gravitant autour du Petit Séminaire Coll?

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15 août 2026
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Flash-back | 15 août 1969 : Duvalier chasse les prêtres de Saint-Martial, dix hommes envoyés en exil

  • by Rezo Nodwes
  • 15 août 2026
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PORT-AU-PRINCE — Il y a 57 ans, le 15 août 1969, le régime de François « Papa Doc » Duvalier franchissait une nouvelle étape dans sa confrontation avec une partie de l’Église catholique. Neuf prêtres associés au courant intellectuel et pastoral gravitant autour du Petit Séminaire Collège Saint-Martial, ainsi que le laïc catholique Pierre Cauvin, étaient contraints de quitter Haïti, accusés par le pouvoir d’« activités communistes ». Une accusation particulièrement lourde : moins de quatre mois auparavant, le régime avait adopté une législation assimilant pratiquement toute expression réputée communiste ou anarchiste à un crime contre la sûreté de l’État passible de mort.

Les noms conservés par les témoignages et les commémorations sont ceux des pères Antoine Adrien, Yves Déjean, Ernst — ou Ernest — Verdieu, Paul Jean-Claude, Max Dominique, Paddy Poux, William Smarth, Paul Déjean et Pierre Déjean, auxquels s’ajoutait Pierre Cauvin, présenté comme un catholique laïc engagé. Une divergence documentaire subsiste cependant sur leur appartenance religieuse exacte : l’histoire institutionnelle de la Congrégation du Saint-Esprit indique que cinq Spiritains, professeurs à Saint-Martial, furent expulsés en 1969 ; plusieurs récits haïtiens postérieurs désignent collectivement les neuf prêtres comme « spiritains ».

Le témoignage livré quarante ans plus tard par le père William Smarth permet de reconstituer une partie de cette soirée. Les dix hommes furent convoqués au ministère des Cultes, où les accusations du gouvernement leur furent signifiées. Leurs documents de voyage furent administrativement restreints : selon ce témoignage, leurs passeports ne devaient leur permettre de se rendre qu’en France. L’aéroport fut placé sous contrôle et les religieux furent conduits vers l’avion qui allait les arracher au pays.

Ils partirent pratiquement sans bagages. À bord, la peur ne s’arrêta pas aux frontières haïtiennes. William Smarth se souvenait que ses compagnons parlaient à voix basse et utilisaient même le latin entre eux, redoutant que des agents du régime ou des Tontons macoutes se trouvent dans l’appareil. Max Dominique, selon son récit, pleura durant le voyage. Une fois arrivés à Paris, les exilés demeurèrent extrêmement prudents, craignant des représailles contre leurs familles restées en Haïti.

L’expulsion ne peut être isolée du dispositif politique instauré quelques mois auparavant. Le 28 avril 1969, le régime fit adopter une loi anticommuniste aux formulations exceptionnellement extensives. Étaient susceptibles d’être considérés comme crimes contre la sûreté de l’État non seulement l’organisation politique, mais également des discours, conversations, lectures, réunions privées, livres, brochures, articles, correspondances ou contacts avec des personnes considérées comme communistes ou anarchistes.

Le texte visait expressément, parmi les personnes susceptibles d’être poursuivies pour avoir facilité de telles activités, les ministres du culte, missionnaires, prédicateurs, professeurs et instituteurs. Les personnes poursuivies devaient comparaître devant une cour martiale permanente ; la peine prévue pour les auteurs et complices était la mort, accompagnée de confiscation des biens.

Les archives diplomatiques américaines montrent cependant que Washington lui-même doutait de l’ampleur de la menace invoquée par Duvalier. Une note du Bureau of Intelligence and Research du département d’État datée du 1er mai 1969 estimait que les communistes haïtiens étaient peu nombreux et ne représentaient pas une menace sérieuse pour le régime. Le document avançait également l’hypothèse que Duvalier cherchait, par son anticommunisme spectaculaire, à se présenter comme le bastion caribéen contre le communisme afin notamment d’améliorer ses rapports avec l’administration américaine et de favoriser une reprise de l’aide économique.

La campagne était déjà meurtrière. Selon la même note américaine, plus d’une centaine de personnes soupçonnées de communisme avaient été arrêtées depuis le début de 1969, plusieurs ayant probablement été exécutées. La répression avait notamment frappé Cazale, où les forces de sécurité avaient procédé à des arrestations massives, tué des habitants et incendié des maisons.

Le Petit Séminaire Collège Saint-Martial n’était pas un établissement quelconque. Institution historique de Port-au-Prince confiée aux Spiritains, il constituait depuis le XIXe siècle un important centre d’enseignement. À la fin des années 1960, certains de ses religieux participaient à une réflexion catholique centrée sur la justice sociale, l’éducation populaire, l’usage du créole et la responsabilité de l’Église envers les catégories sociales marginalisées.

Pour le sociologue Laënnec Hurbon, cité lors de la commémoration de 2009, l’opération de 1969 visait à neutraliser l’un des foyers intellectuels susceptibles de résister à la domestication politique de la société. Les années 1968-1969 avaient, selon William Smarth, été jalonnées de surveillances, tracasseries et pressions répétées contre ces milieux ecclésiastiques.

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