Friedrich Merz, le chancelier conservateur allemand, se trouvait sous pression, lundi 21 septembre, au lendemain d’importantes défaites électorales face à l’extrême droite et la gauche radicale. Tandis que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) prédit déjà le « crépuscule » du dirigeant de 70 ans, ce dernier souhaite le maintien de son gouvernement avec les sociaux-démocrates.
« Nous sommes résolus, ensemble, à être à la hauteur des défis historiques auxquels notre pays est confronté. Il ne s’agit ni plus ni moins que de l’avenir démocratique de notre pays », a dit devant la presse, lundi en début d’après-midi, celui qui est chancelier depuis seulement seize mois, après une série de scrutins régionaux qui l’ont fragilisé.
Dans le nord-est du pays, en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, son parti conservateur, la CDU, est éliminé de l’Assemblée, faute d’atteindre le score de 5 %, une première pour un Etat régional dans l’histoire de la République fédérale d’Allemagne. L’AfD, parti antimigrants et prorusse, y est arrivé en tête, mais c’est une alliance de la gauche qui semble en meilleure position pour former l’exécutif régional.
A Berlin, la gauche radicale Die Linke (25 %) devance la CDU (20 %) et se trouve en position de lui ravir la mairie. L’AfD est aussi en forte progression (environ 15 %). Ces deux défaites s’ajoutent à celle du 6 septembre face à l’AfD en Saxe-Anhalt, une autre région de l’Est, qui avait déjà déclenché une vague de spéculations quant à un départ prématuré du chancelier.
« L’antidote »
S’exprimant devant la presse à Berlin lundi matin, le patron de l’AfD en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Leif-Erik Holm, a prédit en conséquence que M. Merz « ne tiendra[it] certainement pas jusqu’à la fin de l’année ». « Le crépuscule du chancelier a commencé », a-t-il assuré. Alice Weidel, codirigeante de l’AfD, a jugé que son parti avait déjà « remplacé » la CDU en tant que « grand parti populaire », sa formation caracolant aussi en tête des sondages nationaux, presque à 30 %, une dizaine de points devant la CDU.
Quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote, dimanche, M. Merz a voulu contenir le débat concernant son avenir politique en soulignant devant les caméras qu’il restait « président de la CDU » et « chancelier ». Il a aussi jugé que ses réformes étaient « l’antidote contre le poison de l’autoritarisme », référence à l’AfD, accusé de collusion avec les milieux néonazis. Tout en reconnaissant « un désastre » électoral, M. Merz a juré de maintenir le cap de ses réformes pour relancer une économie en pleine stagnation.
Le chancelier est aussi mis au défi de trouver des accords avec son partenaire social-démocrate, Lars Klingbeil, dirigeant du SPD et ministre des finances, sans lequel il ne peut gouverner. Ce dernier a appelé le gouvernement à revoir sa politique. « Nous restons engagés dans cette coalition, mais on ne peut pas continuer comme ces derniers mois. Il faut des changements », a-t-il affirmé.
« Foncer tête baissée contre le mur en expliquant qu’il suffit d’être encore plus rigoureux dans ce que nous avons fait jusqu’ici et que les gens finiront bien par comprendre, cela ne fonctionnera pas », a-t-il estimé. Interrogé sur le sujet, M. Merz n’a pas voulu se prononcer quant aux changements à apporter. « Je veux parler avec les sociaux-démocrates, avec les deux chefs du parti, de comment nous allons continuer à travailler ensemble », a-t-il dit.
Selon lui, l’action de son équipe a conduit à une légère amélioration de l’économie du pays, en crise depuis plusieurs années – à cause notamment de la concurrence chinoise et de prix énergétiques trop élevés –, mais que beaucoup restait à faire. « Que tout cela ne suffit pas encore, nous le savons. Nous savons que nous avons un sérieux problème d’adhésion, que nous ne parvenons plus à toucher une partie importante de la population », a-t-il ajouté.