Au moins quatre personnes ont été tuées et plus de cent blessées en Ukraine dans les intenses bombardements russes qui ont eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche 24 mai et qui ont particulièrement visé la capitale, selon les autorités ukrainiennes. Kiev et Moscou font état de l’utilisation par la Russie de son missile balistique à capacité nucléaire Orechnik.
Ces bombardements surviennent quelques jours après une attaque ukrainienne meurtrière contre un lycée dans une région occupée par la Russie, pour laquelle le président russe, Vladimir Poutine, avait promis une riposte militaire. La Russie a visé l’Ukraine avec « 90 missiles et 600 drones », dont respectivement 55 et 549 ont été interceptés, a affirmé l’armée ukrainienne dimanche matin.
Moscou a utilisé son missile balistique hypersonique Orechnik, de portée intermédiaire et capable de transporter des ogives nucléaires, a précisé de son côté le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. « Trois missiles russes sur une infrastructure d’approvisionnement en eau, un marché incendié, des dizaines d’immeubles résidentiels endommagés, plusieurs écoles ordinaires, et il [Vladimir Poutine] a lancé son Orechnik contre Bila Tserkva. Ils sont vraiment fous », a-t-il déclaré.
Incendies dans des écoles
Le ministère de la défense russe a annoncé avoir utilisé plusieurs de ces missiles, Kiev ne faisant état pour l’instant que d’une seule frappe. Moscou affirme n’avoir visé que des cibles liées à l’armée ukrainienne, en réponse aux frappes de Kiev sur son territoire. Selon les autorités ukrainiennes, deux personnes sont mortes et 77 ont été blessées à Kiev.
Le maire de la capitale, Vitali Klitschko, a également déclaré que des dégâts avaient été constatés dans tous les raïons de Kiev, les frappes ayant provoqué des incendies dans des écoles et semé le chaos dans des marchés, des centres commerciaux et des musées très fréquentés.
Le Musée d’art national, l’Opéra, le bâtiment du ministère des affaires étrangères et celui du studio de la chaîne allemande ARD ont également subi des dégâts, selon ces institutions. Le Musée de Tchernobyl a été « détruit », selon M. Zelensky. L’Albanie a condamné ces frappes, qui ont aussi touché le complexe où réside son ambassadeur à Kiev, a précisé le chef de la diplomatie albanaise, Ferit Hoxha, sur X, ajoutant que l’ambassadeur russe à Tirana avait été convoqué.
Les bombardements russes ont également fait 2 morts et 9 blessés dans la région de Kiev, 7 blessés dans celle de Dnipropetrovsk (centre-est), 11 dans celle de Tcherkassy, et 12 dans celle de Kharkiv (nord-est), selon les autorités régionales.
Emmanuel Macron condamne une « fuite en avant »
Les principaux dirigeants européens ont réagi en déclarant que l’utilisation du missile Orechnik révélait le « désespoir » de la Russie. « Le terrorisme contre les civils n’est pas [un signe de] force. C’est du désespoir », a affirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur X.
Le président français, Emmanuel Macron, a condamné la « fuite en avant » de Moscou, tandis que le chancelier allemand, Friedrich Merz, a qualifié l’utilisation d’un missile Orechnik d’« escalade irresponsable ». La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a déploré « une escalade progressive de l’importance des armes utilisées ».
C’est la troisième fois que Moscou utilise ce type de missile sur l’Ukraine depuis le début de son invasion en février 2022, jusqu’à présent sans ogives nucléaires. La Russie l’a déployé l’année dernière en Biélorussie, pays allié de Moscou et frontalier de trois Etats membres de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne – la Pologne, la Lituanie et la Lettonie – ainsi que de l’Ukraine.
Le président russe avait promis une réponse militaire après une frappe de drones ukrainiens dans la nuit de jeudi à vendredi sur des bâtiments éducatifs de Starobilsk, dans la région ukrainienne de Lougansk (est) occupée par Moscou, qui a fait 21 morts et plus de 40 blessés. Kiev a démenti avoir visé des cibles civiles et a affirmé avoir frappé une unité russe de drones stationnée dans la région.
Les négociations sous médiation américaine pour mettre fin à ce conflit, le pire en Europe depuis la seconde guerre mondiale, sont au point mort depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. « Des décisions sont nécessaires de la part des Etats-Unis, de l’Europe et d’autres pour que ce vieux cinglé à Moscou prononce enfin le mot “paix” », a déclaré M. Zelensky.