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Haïti déclare chercher de nouveaux partenaires. Le Brésil suffira-t-il à desserrer l’étau américain ?

Mardi dernier, la ministre de la Planification et de la Coopération externe, Sandra Paulemon, a reçu l’ambassadeur du Brésil en Haïti, Luís Guilherme Nascentes da Silva. L’objectif affiché était simple, selon la ministre. Il s’agissait de redynamiser une relation bilatérale restée, ju

Haïti déclare chercher de nouveaux partenaires. Le Brésil suffira-t-il à desserrer l’étau américain ?
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24 août 2026
Haïti déclare chercher de nouveaux partenaires. Le Brésil suffira-t-il à desserrer l’étau américain ?
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Haïti déclare chercher de nouveaux partenaires. Le Brésil suffira-t-il à desserrer l’étau américain ?

  • by Rezo Nodwes
  • 24 août 2026
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Mardi dernier, la ministre de la Planification et de la Coopération externe, Sandra Paulemon, a reçu l’ambassadeur du Brésil en Haïti, Luís Guilherme Nascentes da Silva. L’objectif affiché était simple, selon la ministre. Il s’agissait de redynamiser une relation bilatérale restée, jusqu’ici, largement en retrait par rapport au poids réel que le Brésil pourrait avoir dans la reconstruction du pays. La ministre a formulé plusieurs demandes concrètes. Elle a plaidé pour un basculement progressif des simples importations de produits brésiliens vers de véritables investissements accompagnés de transferts de technologies. Elle a sollicité un appui budgétaire bilatéral pour l’exercice fiscal 2026 2027. Elle a proposé la création d’un programme conjoint destiné à la jeunesse haïtienne, couvrant l’intelligence artificielle, la cybersécurité, le génie civil, les énergies renouvelables et la gestion publique.

Ces demandes méritent d’être resituées dans leur contexte réel. Les échanges commerciaux entre les deux pays s’élevaient, en 2024, à environ quatre vingt un millions de dollars. C’est un chiffre modeste, presque anecdotique, si on le compare aux montants en jeu dans la relation économique avec les États Unis. Le programme commercial HOPE HELP, à lui seul, structure près de quatre vingt dix pour cent des exportations haïtiennes. Les transferts de la diaspora installée aux États Unis représentent, selon la Banque mondiale, entre seize et vingt pour cent du produit intérieur brut national. Face à cette asymétrie, l’ouverture vers le Brésil ne peut, pour l’instant, relever que d’un pari sur l’avenir plutôt que d’une alternative immédiate.

Ce pari a pourtant sa logique propre. On soulignait, début août, la vulnérabilité structurelle d’une économie haïtienne suspendue au bon vouloir périodique d’un Congrès étranger pour la reconduction de ses préférences commerciales. Elle notait aussi, la semaine dernière, l’ironie d’un pays qui bénéficie, d’un côté, d’un soutien économique américain, et qui subit, de l’autre, une politique migratoire hostile menée par ce même partenaire. Diversifier les sources de coopération, d’investissement et de formation technique n’est donc pas un luxe diplomatique. C’est une nécessité stratégique pour un pays qui a payé, ces derniers mois, le prix concret de sa dépendance excessive à un seul partenaire.

La démarche engagée avec le Brésil ne constitue d’ailleurs pas un cas isolé. Cette même semaine, le 17 août, la ministre des Affaires étrangères Raina Forbin signait un accord avec la Corporation andine de développement. Quelques jours plus tôt, le Japon s’engageait, aux côtés de l’Organisation des États américains, à financer la délivrance de trois cent cinquante mille cartes d’identité nationale, un dossier que cette chronique suivait attentivement mardi dernier. Ces initiatives dessinent, prises ensemble, une stratégie diplomatique cohérente. Elle consiste à multiplier les points d’appui internationaux plutôt que de miser sur un seul partenaire, aussi puissant soit il.

Il faut néanmoins mesurer, avec la même rigueur que celle appliquée à chaque annonce gouvernementale dans ces colonnes, l’écart qui sépare une rencontre diplomatique prometteuse d’un partenariat économique réellement transformateur. La demande d’appui budgétaire direct adressée au Brésil, en particulier, appelle une vigilance particulière. Un pays qui sollicite un soutien budgétaire bilatéral auprès d’un partenaire avec lequel le commerce reste marginal prend le risque de substituer une dépendance à une autre, sans nécessairement gagner en autonomie réelle. La vraie mesure du succès de cette relance ne se jouera donc pas dans la tonalité cordiale des communiqués diplomatiques, mais dans la matérialisation concrète des investissements évoqués, des transferts de technologies annoncés et des bourses universitaires promises aux jeunes haïtiens.

Il y a, dans le programme envisagé autour de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et des énergies renouvelables, une ambition qui mérite d’être saluée pour ce qu’elle représente. Un pays confronté à une crise sécuritaire aussi profonde que celle documentée, semaine après semaine, dans cette chronique a besoin, en parallèle des efforts militaires et policiers, d’ouvrir à sa jeunesse des perspectives de formation et d’emploi qui dépassent le seul horizon du recrutement armé, qu’il s’agisse de celui des gangs ou même, dans une moindre mesure, de celui des forces de sécurité nationales. Un partenariat universitaire sérieux avec le Brésil, doté de financements réels et d’un calendrier vérifiable, pourrait contribuer à cet objectif bien plus durablement qu’une simple déclaration d’intention.

Le test, comme souvent dans ces dossiers, viendra dans les mois suivants. On pourra donc suivre ce partenariat naissant avec la même attention que celle portée au calendrier électoral, à la feuille de route sécuritaire ou à l’accord sur les cartes d’identité. Un pays qui cherche, à juste titre, à réduire sa dépendance excessive envers un seul partenaire ne peut se permettre de remplacer une promesse non tenue par une autre.

La diversification diplomatique amorcée cette semaine mérite d’être encouragée. Elle ne mérite d’être célébrée que le jour où elle se traduira, concrètement, par des investissements réels sur le sol haïtien.

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