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Haïti | « Elections à tout prix » ? Parallélisme troublant : le BINUH pousse le processus électoral tandis que son propre rapport recense 988 morts et blessés en cinq mois sous Fils-Aimé

Élections « à tout prix », révèle Josué Renaud de NEHRO : le BINUH pousse le calendrier mais documente 988 morts et blessés en cinq mois sous Fils-Aimé. Mais jusqu’où ce parallélisme entre sécurisation et processus électoral peut-il être soutenu lorsque le propre rapport du BINUH rec

Haïti | « Elections à tout prix » ? Parallélisme troublant : le BINUH pousse le processus électoral tandis que son propre rapport recense 988 morts et blessés en cinq mois sous Fils-Aimé
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8 août 2026
Haïti | « Elections à tout prix » ? Parallélisme troublant : le BINUH pousse le processus électoral tandis que son propre rapport recense 988 morts et blessés en cinq mois sous Fils-Aimé
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Haïti | « Elections à tout prix » ? Parallélisme troublant : le BINUH pousse le processus électoral tandis que son propre rapport recense 988 morts et blessés en cinq mois sous Fils-Aimé

  • by Rezo Nodwes
  • 8 août 2026
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Élections « à tout prix », révèle Josué Renaud de NEHRO : le BINUH pousse le calendrier mais documente 988 morts et blessés en cinq mois sous Fils-Aimé. Mais jusqu’où ce parallélisme entre sécurisation et processus électoral peut-il être soutenu lorsque le propre rapport du BINUH recense près d’un millier de morts et de blessés en cinq mois dans une zone stratégique de la capitale ? Comment transporter matériel électoral, candidats, personnels du CEP et électeurs à travers des territoires où l’autorité publique ne dispose toujours pas d’une présence permanente ?

PORT-AU-PRINCE — Le BINUH se retrouve face à une contradiction difficile à évacuer. Quelques jours après qu’un témoignage rapporté par le Dr Josué Renaud, directeur exécutif de la New England Human Rights Organization (NEHRO), a accusé un représentant de la mission onusienne de vouloir des élections en 2026 « à tout prix », le Bureau des Nations unies publie lui-même un rapport décrivant l’ampleur du désastre sécuritaire : 613 personnes tuées et 375 blessées entre le 6 mars et le 31 juillet 2026, soit 988 morts et blessés en moins de cinq mois à Cité Soleil et dans la Plaine du Cul-de-Sac. À ce bilan s’ajoutent plus de 176 femmes et filles victimes de viols, notamment collectifs.

L’accusation d’« élections à tout prix » provient d’un entretien accordé à Rezo Nòdwès par Josué Renaud. Selon celui-ci, deux diplomates auraient estimé, lors d’une réunion à Port-au-Prince, qu’un scrutin en 2026 était matériellement irréalisable en raison de l’expansion des groupes armés, des routes coupées et de l’incapacité de l’État à sécuriser plusieurs régions. Un représentant du BINUH aurait alors répondu « Who cares? », avant de maintenir que les élections auraient lieu en 2026. Rezo Nòdwès précisait avoir tenté, sans succès, d’obtenir la réaction du BINUH à ces propos rapportés. L’expression doit donc rester présentée comme une déclaration attribuée, et non comme une position officiellement reconnue par la mission.

Mais la position publique du BINUH permet de comprendre pourquoi cette accusation trouve un écho. Le 20 juillet 2026, devant le Conseil de sécurité, son chef Carlos Ruiz Massieu reconnaissait que la sécurité est indispensable à des élections crédibles, tout en affirmant que les difficultés sécuritaires ne devaient pas servir de motif pour retarder le processus politique. Pour le BINUH, amélioration de la sécurité et préparatifs électoraux doivent donc progresser simultanément. Mais jusqu’où peut aller ce parallélisme lorsque le propre rapport de la mission comptabilise près d’un millier de morts et de blessés en cinq mois dans une partie stratégique de la capitale ?

Le document d’août ne décrit nullement une normalisation territoriale sous l’administration d’Alix Didier Fils-Aimé. Il constate au contraire que les opérations conduites contre certains gangs depuis la fin de 2025 ont entraîné leur déplacement vers Cité Soleil et Croix-des-Bouquets, provoquant de nouvelles rivalités et une redistribution des foyers de violence. Plus de 18 000 personnes ont été déplacées; des activités commerciales, des écoles et des services de santé ont été interrompus. Le BINUH estime par ailleurs que les opérations sécuritaires engagées dans la Plaine du Cul-de-Sac et à Cité Soleil sont restées limitées face à l’ampleur de la violence, tout en constatant l’absence d’une présence policière durable.

La géographie de cette violence rend l’équation électorale encore plus problématique. La Plaine du Cul-de-Sac comprend des voies stratégiques utilisées par les véhicules provenant du port et du terminal pétrolier de Varreux pour rejoindre l’axe routier conduisant vers le Nord. Comment transporter matériel électoral, candidats, personnels du CEP et électeurs à travers des territoires où l’autorité publique ne dispose toujours pas d’une présence permanente ? Comment garantir l’égalité du suffrage entre un citoyen pouvant voter dans une zone sécurisée et celui vivant dans un espace dominé ou disputé par les groupes armés ?

Le paradoxe devient institutionnel. En juin, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, reconnaissait lui-même à Port-au-Prince qu’on ne peut organiser des élections sans un minimum de conditions de sécurité. Interrogé précisément sur la possibilité d’un premier tour en décembre, il s’était refusé à fixer une date, estimant que celle-ci dépendrait de l’évolution parallèle de la sécurité et des conditions nécessaires à des élections transparentes. (United Nations) La doctrine exprimée par le secrétaire général paraît donc plus conditionnelle que la course au calendrier dénoncée par Renaud.

Le BINUH documente ainsi la catastrophe qu’il demande parallèlement aux institutions haïtiennes de dépasser suffisamment vite pour aller aux urnes. Sous l’administration Fils-Aimé, son propre rapport recense 988 morts et blessés en cinq mois, plus de 176 victimes de violences sexuelles, des milliers de déplacés et une implantation policière insuffisamment durable. Dès lors, la formule rapportée par Josué Renaud — « élections à tout prix » — pose une question de fond : s’agit-il encore de réunir les conditions d’un suffrage libre, inclusif et territorialement accessible, ou de respecter coûte que coûte un calendrier diplomatique, quitte à organiser des élections dans un pays dont certaines portions échappent encore à l’autorité effective de l’État ?

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