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Haïti | « Les ravageurs seront ravagés » : après tant d’atrocités filmées par les gangs, Fils-Aimé peut-il encore monter à la tribune de l’ONU ?

L’Edito du Rezo — « C’est grave, Haïti. Nous n’avons pas de dirigeants, nous n’avons pas de leaders : ce sont les gangs qui dirigent le pays », a déclaré dimanche 13 septembre le pasteur Malory Laurent, de Salvation Church of God, à New York. À quelques jours du débat général de

Haïti | « Les ravageurs seront ravagés » : après tant d’atrocités filmées par les gangs, Fils-Aimé peut-il encore monter à la tribune de l’ONU ?
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13 septembre 2026
Haïti | « Les ravageurs seront ravagés » : après tant d’atrocités filmées par les gangs, Fils-Aimé peut-il encore monter à la tribune de l’ONU ?
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Haïti | « Les ravageurs seront ravagés » : après tant d’atrocités filmées par les gangs, Fils-Aimé peut-il encore monter à la tribune de l’ONU ?

  • by Rezo Nodwes
  • 13 septembre 2026
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L’Edito du Rezo

« C’est grave, Haïti. Nous n’avons pas de dirigeants, nous n’avons pas de leaders : ce sont les gangs qui dirigent le pays », a déclaré dimanche 13 septembre le pasteur Malory Laurent, de Salvation Church of God, à New York. À quelques jours du débat général de l’ONU à New York, qu’Alix Didier Fils-Aimé pourrait-il annoncer qui n’ait déjà été entendu : renouvellement de la Force de répression des gangs, élections, référendum, intensification des opérations, retour graduel des déplacés dans certains quartiers ? Derrière ces éléments de langage demeure une réalité judiciaire autrement plus embarrassante : aucun grand chef de gang n’a encore été jugé et condamné par la justice haïtienne pour la vague récente de massacres. « Les ravageurs seront ravagés », a averti le pasteur Malory, en reprenant l’imaginaire biblique d’Ésaïe 33:1 : celui qui détruit finit lui-même confronté à la destruction.

La tribune des Nations Unies ne saurait fonctionner comme un dispositif d’effacement du bilan intérieur. Fils-Aimé n’est pas un chef de gouvernement issu des urnes ; son pouvoir procède d’une transition et sa légitimité fonctionnelle dépend donc davantage encore de l’accomplissement des missions régaliennes qui lui ont été confiées. Sécurité, restauration de l’autorité publique et retour à l’ordre constitutionnel formaient précisément la justification de cette transition. Or les gangs filment leurs crimes, exhibent leurs armes et développent, selon le témoignage livré dimanche par le bishop Malory, leurs propres structures de formation « à la vue de tous ». « Les dix départements sont envahis », affirme le pasteur.

Le prédicateur a poussé plus loin son réquisitoire : « Où et comment vont-ils organiser ces élections ? » Il dénonce ceux qu’il qualifie d’« apatrides » engagés dans la compétition électorale et dit redouter qu’après tant de promesses, Haïti n’aboutisse encore à une nouvelle transition, administrée par ceux qu’il appelle des « vauriens » occupés, selon lui, à « piller le Trésor public ».

C’est précisément la CARICOM que Malory Laurent place au banc des accusés politiques. Il lui reproche les négociations successives qui ont accompagné la transition haïtienne et conteste l’autorité morale de son Groupe des personnalités éminentes pour prescrire aux Haïtiens une nouvelle architecture politique. Le pasteur s’indigne surtout des consultations avec d’anciens responsables haïtiens controversés. Sur Michel Martelly, il faut quitter ici le registre homilétique pour revenir au document : le Groupe d’experts des Nations unies écrivait en 2023 avoir recueilli des informations selon lesquelles l’ancien président avait soutenu plusieurs gangs par des fonds et/ou des armes. Les États-Unis l’ont ensuite sanctionné en 2024 en l’accusant notamment d’avoir facilité le trafic de drogue, travaillé avec des trafiquants et soutenu plusieurs gangs. Il ne s’agit pas d’une condamnation pénale prononcée par un tribunal ; cette distinction juridique doit être conservée. Mais elle autorise une interrogation : comment reconstruire la confiance politique si des personnalités faisant l’objet d’accusations internationales aussi graves demeurent des interlocuteurs des processus de sortie de crise ?

« Pourquoi lance-t-on des mandats si l’on sait où se trouvent ces gens et qu’on ne va pas les chercher ? », demande encore M. Laurent. Le pasteur s’interroge également sur les dépenses engagées pour combattre les groupes armés et critique le recours gouvernemental à des contractants privés étrangers alors que les principaux réseaux criminels demeurent actifs. Une démocratie pénale ne peut durablement fonctionner avec des listes de personnes recherchées sans procès : la chaîne police-parquet-instruction-juridiction-prison doit redevenir opérationnelle. Et c’est précisément pourquoi une éventuelle amnistie générale constituerait une rupture particulièrement difficile à défendre après tant de victimes.

L’opinion mesurée par Chatham House va d’ailleurs dans une direction différente : 66,9 % des personnes interrogées rejettent l’amnistie des membres de gangs, 64,5 % souhaitent voir chefs et membres emprisonnés et 83,4 % refusent leur représentation politique. La réinsertion des mineurs recrutés sous contrainte, le désarmement et la démobilisation appartiennent à une autre catégorie juridique ; ils ne sauraient constituer un effacement collectif de responsabilités individuelles. Voilà aussi le sens politique de l’avertissement biblique repris dimanche par Malory Laurent : « les ravageurs seront ravagés ». Ésaïe 33:1 ne constitue évidemment pas un programme pénal ; dans un État de droit, la réponse au crime appartient au juge, non à la vengeance. Mais la métaphore pose une exigence que le droit positif connaît parfaitement : les auteurs de crimes doivent répondre de leurs actes.

Reste donc New York. Le pasteur Laurent résume à sa manière l’état d’esprit d’une partie de la population : des Haïtiens de la diaspora voudraient rentrer, investir et reconstruire, mais quelle garantie de sécurité peuvent-ils aujourd’hui recevoir ? Et que pourrait Fils-Aimé apporter à la tribune que ses ministres, ses diplomates et lui-même n’aient déjà répété ?

Après le Département d’État, après l’admiration affichée de loin depuis la Maison-Blanche et sa visite au Vatican, Alix Didier Fils-Aimé ratera-t-il vraiment la tribune des Nations Unies pour une Assemblée générale ? Nous en doutons fort. La tentation de la scène internationale paraît trop forte, malgré un bilan intérieur qui devrait commander davantage de retenue. Enfin, cet homme est placé là, après tout, pour être servi plutôt que pour servir : la démonstration, jusqu’ici, est suffisamment éloquente.

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