El Niño pourrait-il faire avancer la cause climatique ? Ce phénomène naturel cyclique dont l’apogée est attendu vers le mois de décembre fait cette année l’objet d’une couverture médiatique particulièrement large – Courrier international lui consacre d’ailleurs sa une cette semaine. Et pour cause : l’épisode en cours s’annonce exceptionnellement intense – certains parlent d’un “El Niño Godzilla” – et devrait engendrer des phénomènes météorologiques extrêmes (sécheresses, vagues de chaleur, précipitations, inondations, tempêtes) dont la puissance sera renforcée par le réchauffement de la planète.
C’est pourquoi, selon Nature, El Niño pourrait “donner des pistes [aux collectivités publiques et aux ONG] pour réussir à expliquer les risques climatiques au grand public”. La revue scientifique fonde cette hypothèse sur les travaux publiés par des chercheurs de l’université de Genève, qui ont analysé les résultats de 71 études, impliquant 216 000 participants, consacrées aux effets de diverses stratégies de communication climatique. Leur conclusion : il est plus efficace de faire appel aux émotions que de simplement transmettre des faits scientifiques. Invoquer la responsabilité, sur le mode “Il est de notre devoir d’agir”, s’avère carrément contre-productif. L’idéal est donc de provoquer un fort engagement émotionnel à travers des récits, d’éveiller la peur, la colère, l’enthousiasme, de susciter l’émerveillement face à la beauté de la nature et la crainte des menaces qui pèsent sur elle tout autant que sur nous. Bref, de montrer, en utilisant si possible des photos et des vidéos, que se battre en vaut la peine. “Il faut créer un lien avec les gens”, résume le psychologue Tobias Brosch, l’un des auteurs de l’étude, interrogé par Nature.
Ce qui nous ramène à El Niño. “Si on raconte une histoire, dit le chercheur, si on assimile ce phénomène à un monstre, alors cela devient clairement une menace existentielle. Chacun en déduit qu’il doit y prêter attention, car il faudra peut-être s’y préparer.” Présenter le changement climatique “sous l’angle des phénomènes extrêmes et de leurs répercussions socio-économiques pourrait devenir l’un des moyens les plus efficaces de communiquer sur ce sujet”, confirme le climatologue Tom Di Liberto.
Peu importe que les émotions soient plus puissantes que les données scientifiques. Après tout, conclut Tobias Brosch dans un communiqué, “les faits sont désormais bien connus, et l’enjeu est de passer à l’action”. Or – et c’est une bonne nouvelle – il existe “une marge de progression importante pour la communication climatique”. En touchant les cœurs avant la raison.
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
En bref
Le mois le plus chaud de l’histoire
Août 2026 a été le mois le plus chaud de l’histoire, à égalité avec juillet 2023, au niveau mondial, a annoncé Copernicus, le service météorologique de l’Union européenne. “Tout ceci est le prix de l’addiction de l’humanité aux combustibles fossiles et de la crise climatique qu’elle alimente”, a commenté Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, dont les propos sont rapportés par la BBC. Pour en savoir plus, c’est par ici.
Oiseaux migrateurs en déclin
D’après le dernier rapport de l’ONG BirdLife International, 45 % des espèces d’oiseaux migrateurs voient leurs populations diminuer, et 11 % sont menacées d’extinction. Parmi les perturbations en cause figure le changement climatique. Des solutions existent pour aider les oiseaux ; il faut maintenant les mettre en œuvre à l’échelle des couloirs de migration, explique au Guardian Stuart Butchart, directeur scientifique de l’ONG. Pour en savoir plus, c’est par ici.
Haro sur la finance climatique
Le Financial Times annonce qu’après la Banque mondiale au moins deux autres institutions financières majeures sont sur le point de renoncer à “leurs objectifs verts”, cédant à la “forte pression” américaine. En juin, la Banque mondiale a renoncé à son engagement qui consistait à “consacrer 45 % de ses financements à des projets offrant des bénéfices climatiques”. Autre menace planant sur la finance climatique : des pays “comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, sous la pression croissante des contraintes budgétaires et politiques”, devraient également revoir à la baisse leurs promesses. Pour en savoir plus, c’est par ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 153 de Climatiques.
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