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L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) suscite des réactions viscérales : pour ses détracteurs, l’agence incarnerait la barbarie d’une « chasse aux migrants » menée par un Donald Trump comparé à Himmler.
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Les bavures et les morts en détention sont réelles et graves. Mais les chiffres racontent une autre histoire : le record absolu d’expulsions n’appartient pas à Trump — il revient à Barack Obama, le « Deporter-in-Chief ».
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De sa création née du 11-Septembre (2003) jusqu’au « One Big Beautiful Bill Act » de 2025, l’ICE révèle surtout la permanence d’une Amérique partagée entre pays de liberté et machine à expulser, fidèle à une histoire vécue sans mesure ni retenue.
L’Immigration and Customs Enforcement (ICE) suscite des réactions viscérales. Donald Trump, en plus d’être un insoupçonné va-t-en-guerre, serait également un véritable Himmler selon ses détracteurs et opposants. Les camps de détention pour migrants ne seraient rien d’autre que les antichambres de l’enfer et les manifestants qui tenteraient de s’opposer à cette barbarie seraient impitoyablement traqués et tués.
Et, en effet, de nombreuses bavures et manquements humains graves sont à déplorer (enfants séparés de leurs parents, surpopulation extrême avec des cellules prévues pour 35 personnes et qui en accueillent plus de 150, isolement prolongé, accès limité aux avocats et aux soins…). L’année dernière, 32 personnes sont mortes en détention et sept décès supplémentaires ont été signalés pour les deux premiers mois de 2026, dans des circonstances souvent opaques liées à des soins médicaux inadéquats ou à un manquement grave dans le dispositif de surveillance.
Le clou de l’indignation revient aux deux bavures ayant provoqué le décès de Renee Nicole Good (mère de 37 ans tuée par un agent fédéral le 7 janvier 2026) et celui d’Alex Jeffery Pretti (infirmier de 37 ans lui aussi, mort par balle le 24 janvier 2026).
Ces exemples tragiques prouvent-ils un « grand emballement » dans la chasse aux migrants ? Eh bien, pas vraiment… Si l’on se penche sur le nombre de migrants expulsés sous les différents mandats de Bush, Obama, Biden et Trump, l’incontesté vainqueur reste Barack Obama !
| Présidence | Expulsés durant le mandat | Moyenne par jour |
|---|---|---|
| Bush I (2001-2005) | 616 931 | 422 |
| Bush II (2005-2009) | 1 206 582 | 826 |
| Obama I (2009-2013) | 1 568 180 | 1 073 |
| Obama II (2013-2017) | 1 494 286 | 1 023 |
| Trump I (2017-2021) | 1 196 427 | 819 |
| Biden (2021-2025) | 608 580 | 417 |
| Trump II — mandat partiel (2025-2026) | 500 000 | 1 145 |
Expulsions par présidence, en valeur absolue et en moyenne quotidienne. Le second mandat de Donald Trump n’est comptabilisé que sur une période partielle.
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La création de l’ICE, enfant du 11-Septembre
La création de l’ICE (mars 2003) s’inscrit dans la suite des attentats du 11 septembre 2001. L’Amérique traumatisée entame alors un tournant sécuritaire. Si, avant 2003, l’immigration relevait principalement du Department of Justice, la réforme post-11-Septembre opère une triple scission et répartit les pouvoirs entre différentes entités. Le Customs and Border Protection sera voué aux contrôles frontaliers, l’U.S. Citizenship and Immigration Services (USCIS) à l’instruction des dossiers d’immigration légale et — last but not least — l’ICE sera dédié à la détention et à l’expulsion des immigrés irréguliers.
La frontière, plus que jamais, est perçue comme une zone de risque, un espace poreux d’où peut surgir le mal.
George W. Bush : If they are here illegally, they are not going to be able to stay
Sous George W. Bush, l’ICE, encore en pleine construction, pose les bases d’un système d’expulsion coordonné. L’agence emploie alors 14 000 agents et dispose d’un budget de 3,3 milliards de dollars. Des unités spéciales sont d’ailleurs spécifiquement créées afin de traquer les « overstayers » (personnes encore sur le territoire et ayant pourtant dépassé la durée de leur visa). Très rapidement, les centres de détention construits ne suffisent plus et, sous la pression, le recours au secteur privé s’accroît. Des entreprises comme Corrections Corporation of America (devenue CoreCivic) et GEO Group décrochent alors la timbale fédérale et signent leurs premiers grands contrats. En 2008, les capacités de détention dépassent les 30 000 places/jour et les expulsions s’emballent pour atteindre un pic de 360 000 individus reconduits à la frontière.
L’industrialisation de la détention devient le modèle d’une gestion de l’humain rendue aussi « efficace » que « flexible ».
Obama : Yes we can… deport you
Si l’administration Obama aime à se draper dans une rhétorique démocrate ouverte à l’autre et aux autres, ceci n’empêche nullement que ce soit sous son égide que tous les records d’expulsions ont été battus. À nouveau se fait sentir l’odeur de cette sempiternelle petite rengaine : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Entre 2009 et 2013, 400 000 clandestins sont expulsés chaque année en dehors du territoire américain. Obama devient le « Deporter-in-Chief », même si l’administration, soucieuse de respectabilité, cherche à faire bonne figure et se met à hiérarchiser les expulsions en fonction des mémorandums successifs qui visent à cibler les personnes condamnées pour crimes graves et/ou à effectuer un tri entre nouveaux venus et résidents installés de longue date et insérés dans la société. En juin 2012, Obama retourne sa veste pour la postérité et instaure un décret protégeant 800 000 mineurs récemment entrés sur le territoire.
Avec ses deux mandats, Obama détient le record historique d’expulsions : trois millions d’immigrés illégaux renvoyés manu militari chez eux.
Biden : We must restore the soul of America… but not too much
D’une certaine manière, Biden fut un président démocrate davantage cohérent avec les valeurs prônées par son parti. L’administration entame un recentrage « humaniste » et redonne la priorité aux cas dits « problématiques » tout en promettant d’améliorer des conditions de détention parfois indignes d’un grand pays. Cela étant dit, les pressions migratoires ne cessent de s’intensifier et l’État fédéral ne cesse de se heurter aux États frontaliers du Sud (Texas, Floride) qui refusent de « laisser passer ». Les partenariats privés avec CoreCivic et GEO Group demeurent, puisqu’entre 60 % et 80 % des lits sont gérés par ces groupes qui amassent des profits substantiels sur la seule détention des migrants. Sans compter que le mur honni « made by Trump », loin d’être démantelé, est encore utilisé. On est démocrate, mais on ne peut entièrement ignorer la gravité de la situation.
L’ICE conserve un budget conséquent (autour de 8 à 9 milliards annuels), le nombre d’expulsions reste élevé (270 000 pour la seule année 2024) et la réforme tant promise du système migratoire finira par un retentissant « pschiiiit ».
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Trump : We need ICE. We want ICE
Pour beaucoup, Donald Trump restera l’homme du mur : We will build a great wall. Avec le démarrage tonitruant de son deuxième mandat, l’on s’étonne presque de trouver des chiffres d’expulsion si modérés en ce qui concerne sa première présidence. Nous sommes alors loin des records d’expulsion de son prédécesseur. Le Républicain certes « déporte », mais en moins grande quantité. Sa marotte reste finalement moins l’expulsion que la construction. Cela dit, il serait injuste de ne pas convenir que, depuis sa réélection, les choses ont un peu bougé : oublié le mur, Trump mise tout sur sa super police. The brave men and women of ICE are heroes. Si le mur ne suffit pas à les empêcher d’entrer, il faut alors s’efforcer de les faire sortir. Et c’est peut-être dans ce souci d’exhaustivité que le bât blesse. Or la séparation des familles choque, parfois même jusqu’au camp républicain.
L’ICE nouvelle génération s’attarde peu sur le profil d’un individu : un immigré reste un immigré.
Après l’adoption du « One Big Beautiful Bill Act » de juillet 2025, le financement de l’agence a été multiplié pour atteindre virtuellement 45 milliards de dollars et embaucher une pléthore de nouveaux agents, selon des modalités de recrutement parfois un peu légères… Anyway, en 2026, l’ICE détient près de 69 000 personnes dans ses cellules.
Et l’Amérique — plus que jamais — reste divisée. Pays de liberté pour les uns, de servitude pour d’autres. Mais en ceci, le continent est fidèle à son histoire. Jamais dans la mesure ou la retenue !
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