« On a vraiment de la chance d’aller bien. » Les personnes évacuées de la zone ravagée par le feu de forêt meurtrier survenu jeudi près d’Almeria, en Andalousie, dans le sud de l’Espagne, ont regagné leur maison, dimanche 12 juillet, encore sous le choc devant la violence du sinistre, désormais stabilisé.
Au moins treize personnes, de nationalités différentes, sont mortes dans l’incendie, prises par les flammes alors qu’elles tentaient de fuir. Ce bilan s’est alourdi avec l’annonce, dimanche soir, du décès d’une ressortissante britannique âgée de 93 ans, morte à l’hôpital.
De retour chez elle, Lore Van Moll, une Belge de 33 ans, désigne une colline : « C’est derrière que l’on pouvait voir cette lumière orange en permanence », raconte-t-elle à l’Agence France-Presse (AFP), en évoquant les flammes qui ont dévasté cette zone où vivent de nombreux étrangers.
« C’est un peu effrayant, parce qu’on entend des histoires tout le temps : pas seulement à propos des maisons, mais aussi des gens, et là, on se rend compte qu’on a vraiment de la chance d’aller bien… (…) C’est un énorme soulagement », reconnaît-elle, après avoir déchargé sa voiture.
Des flammes qui se propageaient à toute vitesse
Dans ce massif boisé proche de la Méditerranée, les carcasses de voitures calcinées sur les routes témoignent de la violence des flammes, qui ont progressé au plus fort de l’incendie au rythme terrible d’environ 100 mètres par minute, selon les autorités.
« Nous avons toujours su qu’il y avait un risque d’incendie quand on vit à la campagne », confie à l’AFP James Shellingford, un Anglais de 60 ans résidant à Bédar, le hameau où ont été découvertes les victimes.
« Nous sommes totalement dévastés », déclare-t-il au volant de sa voiture. « Nous savons qu’il y a déjà eu des feux par le passé, mais rien d’aussi grave que ce que nous vivons maintenant », estime-t-il, se disant « très triste » pour ceux qui ont perdu des proches ou leur maison.
Dimanche, après trois jours terribles, les autorités ont finalement annoncé que le feu, déclenché jeudi apparemment par la chute d’un câble électrique le long d’une route, était stabilisé. « Stabilisation de l’incendie signifie incendie circonscrit et délimité, sans danger de flammes », a déclaré, en fin de matinée, le président de la région Andalousie, Juan Manuel Moreno.
Quelque 7 000 hectares ont été brûlés dans l’incendie dont le périmètre a atteint 40 kilomètres, a précisé M. Moreno. L’annonce de la stabilisation du sinistre a permis d’autoriser des centaines de personnes à rentrer chez elles. 600 évacués sur environ 1 500 avaient déjà pu rentrer durant la nuit, à la faveur d’une amélioration de la situation.
Les autorités restent prudentes quant au nombre de disparus, tant que les autopsies et l’identification des corps retrouvés ne seront pas achevées. Mais ce processus d’identification des victimes est compliqué, car « le prélèvement d’échantillons auprès des familles est complexe, puisqu’elles viennent de l’étranger », a précisé le Centre espagnol d’intégration des données dans un communiqué.
Parmi les possibles victimes se trouve une Française, officiellement portée disparue, a annoncé, samedi soir, le ministère des affaires étrangères français. Cette femme a très probablement péri dans sa voiture en tentant de fuir les flammes qui approchaient à toute vitesse, a témoigné son mari, Jérôme Navarro, sur la chaîne de télévision TF1.
Le premier ministre espagnol attendu sur place lundi
Le couple venait d’arriver dans sa maison de vacances. « J’ai dit à ma femme “Sors vite, tu laisses tout. Tu sors vite.” Et le temps de dire ça, j’étais entouré d’une boule de feu. Je n’ai pu que partir en courant », a-t-il décrit, très ému. Il explique avoir ensuite perdu le contact avec sa femme et avoir perdu tout espoir de la revoir.
La Garde civile est partie dimanche à la recherche d’éventuelles autres victimes, par précaution. « Comme prévu, aucune autre victime n’a été retrouvée », a affirmé dans l’après-midi Raúl Aguilera, son porte-parole, à la télévision publique espagnole.
Le président de la région avait déjà déclaré dans la matinée qu’il avait la confiance, « avec un degré de certitude, que d’autres victimes n’apparaissent plus ».
Pays en première ligne du réchauffement climatique, l’Espagne a connu ces dernières années des vagues de chaleur de plus en plus longues, dès le printemps, avec des températures dépassant parfois les 40 °C, créant des conditions favorables pour des feux dévastateurs.
En 2025, plus de 393 000 hectares y ont été ravagés par les flammes, selon le système européen d’information sur les incendies de forêt, le pire bilan de l’histoire récente de l’Espagne.
« Il nous reste un été compliqué. Un été compliqué en Andalousie, un été compliqué en Espagne. Et cet été compliqué signifie que nous devons tous être très vigilants », a averti dimanche Juan Manuel Moreno. Le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, est attendu sur place lundi.