Les flammes qui ravagent l’Europe de l’Ouest sont la dernière manifestation dramatique du dérèglement climatique provoqué par les activités humaines. L’été 2026, en passe d’être le plus chaud jamais enregistré en France, est celui d’un changement d’ère. Les phénomènes extrêmes se suivent : trois canicules – une quatrième est annoncée pour le courant de la semaine du 27 juillet –, une sécheresse exceptionnelle et, maintenant, des feux ravageurs.
En Gironde, l’incendie qui sévit depuis le mercredi 22 juillet, a déjà dévasté plus de 42 000 hectares et forcé à l’évacuation de 220 000 personnes. Le feu progresse encore et se rapproche dangereusement de Bordeaux. Plus de 2 500 sapeurs-pompiers, 1 500 militaires, 1 200 forces de l’ordre sont mobilisés. Plusieurs départements ont été placés en vigilance jaune pour pollution atmosphérique.
Nous ne connaissons pas encore l’ampleur de toutes les conséquences des incendies, notamment sanitaires. Le rejet de particules fines – le seuil d’alerte est dépassé dans plusieurs départements – menace les plus vulnérables, nourrissons, personnes âgées et personnes présentant des pathologies respiratoires. Cela peut mettre les hôpitaux, déjà sous tension, en grande difficulté.
Il faut se féliciter que les opérations d’évacuation, malgré des difficultés, aient permis à des dizaines de milliers d’habitants et de vacanciers de trouver refuge. Sur le front de la lutte contre les flammes destructrices, les pompiers ont besoin d’un soutien aérien d’ampleur. Mais le défaut de maintenance de la flotte de Canadair – rendant indisponibles sept appareils sur les douze dont dispose la France –, malgré les alertes des pilotes, et en raison du prestataire en rupture de pièces de rechange, montre à quel point la situation exige un changement d’approche. Il faut planifier, anticiper, pour ne pas être pris de court. La mise en service anticipée de l’avion militaire A400 M, si elle apporte un renfort aux équipes d’intervention, n’est pas suffisante face à la situation en Gironde, frappée par des feux d’une ampleur et d’une intensité jamais vues en France.
Le problème ne se cantonne pas à l’Hexagone : nos voisins espagnols luttent contre plusieurs incendies d’une gravité inédite, notamment autour de Madrid, de Tolède et sur la côte est, au nord de Valence. La carte des incendies en temps réel est effrayante. Elle montre que la réponse doit être pensée au niveau de l’Europe : en ce moment même, il y a aussi des feux actifs en Allemagne, en Italie, en Irlande, en Ecosse ou encore aux Pays-Bas…
Pour lutter contre ce phénomène global, le mécanisme européen de protection civile risque d’atteindre rapidement ses limites. Dispositif d’urgence créé en 2001, auquel participent les 27 Etats de l’Union européenne ainsi que 10 pays tiers, il intervient dans de multiples domaines. La France et l’Espagne ont demandé son activation afin de recevoir des renforts aériens européens. Mais que se passerait-il si d’autres pays activaient, au même moment, ce mécanisme ?
Les événements climatiques extrêmes qui se répètent à un rythme de plus en plus soutenu obligent à une adaptation accélérée et à repenser la réponse à leur apporter. Il faut ainsi réfléchir à l’amélioration du dispositif actuel, comme le souligne Hadja Lahbib, commissaire européenne à la gestion des crises : créer, par exemple, une structure capable de gérer l’ensemble d’une crise, y compris ses conséquences sanitaires, et inciter l’industrie aérienne européenne à produire ses propres avions bombardiers d’eau. Car tous les scientifiques l’affirment : les catastrophes qui scandent l’été 2026 sont amenées à se répéter et à s’intensifier.