Alors que les libertés académiques font aujourd’hui l’objet de pressions croissantes dans plusieurs régions du monde, l’Europe redécouvre une question qu’elle croyait appartenir à son passé : celle de l’exil des chercheurs et des chercheuses. L’enjeu résonne avec l’actualité alors que les pays de l’Union européenne ont choisi d’adopter le pacte sur la migration et l’asile.
L’histoire de l’exil académique a accompagné celle des grandes tragédies du XXe siècle. L’avènement du national-socialisme et des fascismes en Europe à partir des années 1930 a provoqué l’une des plus vastes migrations scientifiques jamais observées, de l’Europe vers les Etats-Unis. Cette migration a joué un rôle déterminant dans l’essor des grandes universités américaines de l’après-guerre. Pour les Etats-Unis, alors engagés dans une bataille culturelle pour défendre la démocratie libérale face à l’URSS, l’hospitalité académique a constitué à la fois un signe moral, un instrument de soft power et une formidable occasion.
L’extraordinaire vitalité intellectuelle qui caractérisait le cosmopolitisme des grandes villes savantes européennes s’est ainsi réincarnée sur les campus américains. Ce tournant a profondément reconfiguré les équilibres de puissance mondiaux, au détriment durable de l’Europe.
La période que nous traversons porte la marque de cette histoire et de ses retournements – attestés par le tournant illibéral des Etats-Unis –, mais aussi d’une réalité géopolitique radicalement nouvelle. Nous sortons d’une période qu’on pourrait rétrospectivement appeler une « mondialisation heureuse ». Dans ce contexte, de nouvelles puissances scientifiques se sont affirmées, à commencer par la Chine, désormais en position de leadership dans plusieurs domaines, capable d’adosser ses ambitions à un récit civilisationnel explicitement adverse à nos valeurs démocratiques.
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