En se promenant à Kramatorsk, le passé, le présent et l’avenir commencent à se confondre. Il y a un an, après la rencontre entre Vladimir Poutine et Donald Trump en Alaska, je racontais dans ce même journal que l’on continuait à planter des roses devant la mairie, alors que les premières troupes russes se trouvaient à quinze kilomètres, et que les deux dirigeants discutaient justement de la manière de convaincre l’Ukraine d’abandonner ses territoires.

Un an plus tard, Kramatorsk est toujours sous contrôle ukrainien. Et l’un des plus grands drapeaux du pays flotte dans le parc, délibérément, pour que l’ennemi qui attaque à partir des hauteurs puisse le voir, tandis que les Russes se trouvent à un peu moins de dix kilomètres. Mon article de l’an dernier pourrait être republié aujourd’hui avec quelques modifications mineures. Depuis douze ans maintenant, la ville vit comme dans une pièce de Beckett. Depuis 2014, la crainte que l’armée russe n’atteigne la ville est devenue une expérience générationnelle. Mais Godot ne se manifeste jamais sur scène. On ne fait que parler de lui.

L’arrivée de l’armée russe, bien qu’elle ne soit qu’une éventualité toujours présente, se fait déjà sentir. De retour en ville, on constate une multitude de nouvelles ruines. Il ne reste pratiquement plus auc