C’est entre les murs de l’église de la Nativité, à Nauplie, dans le sud de la Grèce, sur les rives du golfe d’Argolide, qu’officie Dionysios Tabakis depuis trois décennies. C’est aussi là que le prêtre orthodoxe de 53 ans a composé et enregistré Paradise Metal. Diffusé fin avril à seulement 150 copies, des cassettes, ce surprenant mélange de chants byzantins et de metal a très vite créé l’engouement dans de petits cercles de mélomanes sur les blogs et les réseaux sociaux. Jusqu’à capter l’attention du site musical de référence Pitchfork, et même du New York Times.
“Je veux créer un grand mélange de tout : le Paradis et la Terre, l’Ouest et l’Est, le présent et le passé” explique au quotidien new-yorkais Dionysios Tabakis. Un programme hautement métaphysique qui a touché un public bien plus large qu’il ne pouvait l’imaginer. À tel point que Paradise Metal va finalement sortir à grande échelle en disque à l’été, avec une performance prévue au festival Making Time, dans la ville américaine de Philadelphie, en septembre. Une épopée pour cet homme de Dieu qui n’a jamais voyagé plus loin que la Turquie, que ses parents ont fuie lors de la guerre entre les deux pays, dans les années 1920. Et qui n’a jamais donné de concert de sa vie.
Des airs d’Anatolie
Avec ses morceaux hypnotisants – grâce notamment à une bonne dose de réverb – il convoque ainsi toute la mémoire ancestrale des deux rives de la mer Égée, qui ont forgé son identité.
Multi-instrumentiste, le prêtre fait vibrer sa perdesiz, une guitare électrique sans frettes, qu’il entremêle aux sonorités traditionnelles de la péninsule Anatolienne : celles de la zurna, un type de hautbois, et du kabak kemane, petit instrument à cordes. Le syncrétisme de ses mélodies si novatrices, diffusées dans des vidéos YouTube, a immédiatement capté l’attention de Nikolas Rafael, du label grec Elhellhel. Admirant cette “sorte de naïveté insouciante” que contient sa musique, il lui fait enregistrer ces douze morceaux.
“Il a créé quelque chose de très étrange, et extrêmement spirituel, qui ne sonne comme rien d’autre”, estime-t-il.
L’espoir toujours
Planante et spirituelle, sa musique contient les multitudes d’un univers byzantin et de l’âme humaine, insufflant une part de divin à son rock expérimental. Les liturgies byzantines résonnent avec un écho renouvelé. Et offrent une “série d’épiphanies”, comme le décrit Pitchfork dans une critique enthousiaste, qui “maille drone metal [un sous-genre particulièrement lent] et chants de Noël techno, enregistrements de terrain et cantiques”.
Et, au cœur du disque, la foi, et donc l’espoir. Qui donne l’impression de “regarder le ciel et des nuages lourds, et de les fixer si longtemps qu’on a l’impression de voir le soleil de l’autre côté”.
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