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Géopolitique

L’exploitation éhontée de la crise de Ceuta

Responsables politiques de droite et d’extrême droite se sont précipités sur les images provenant de l’enclave espagnole située au nord du Maroc pour dénoncer l’imminence d’une vague migratoire et le danger que faisait peser la politique du gouvernement de Pedro Sanchez sur l’Europe.

L’exploitation éhontée de la crise de Ceuta
HaitiCreoleRadio.com

Les passions que suscite régulièrement le sujet de l’immigration ont trouvé une traduction spectaculaire à l’occasion de la crise provoquée par l’afflux soudain, du jeudi 30 au vendredi 31 juillet, de dizaines de milliers de migrants en provenance du Maroc dans l’enclave espagnole de Ceuta, sur la rive sud de la Méditerranée, à proximité du détroit de Gibraltar. Si le mécanisme de ces arrivées sans précédent reste à éclaircir, dans un pays où les autorités exercent traditionnellement un contrôle assez strict sur leurs concitoyens, les réactions que cette crise a provoquées ne se sont guère embarrassées des faits.

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Moins de vingt-quatre heures après cet afflux, une très grande majorité des migrants en situation irrégulière avait regagné le Maroc, selon Madrid, et aucun n’avait eu le loisir d’arriver sur le continent européen. Trop tard, cependant, pour empêcher la multiplication de discours incendiaires venus de la droite et de l’extrême droite mettant en garde contre l’imminence d’une vague migratoire menaçant de submerger l’Europe.

Sans surprise, ces discours se sont concentrés non pas sur l’attitude des autorités marocaines et le malaise social qui pourrait expliquer cet emballement mais sur le gouvernement du premier ministre espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, alors que ce dernier avait dénoncé une atteinte inacceptable à la souveraineté espagnole et répondu sur le terrain par la fermeté. Sans surprise encore, le président des Etats-Unis, Donald Trump, a été prompt à tenter de tirer profit de cette crise, en assurant que ce qui était arrivé dans l’enclave espagnole surviendrait, en pire, dans son pays si le Parti démocrate revenait au pouvoir.

Le gouvernement espagnol se trouve, il est vrai, dans le collimateur de Donald Trump depuis qu’il a procédé à la régularisation jugée nécessaire pour son économie de migrants en situation irrégulière originaires en bonne partie d’Amérique latine, bénéficiaires de titres de séjour limités dans le temps. Pedro Sanchez est également stigmatisé du fait de ses critiques envers Israël et envers la guerre déclenchée contre l’Iran. A l’inverse, les centaines de milliers de permis de travail octroyés par la présidente d’extrême droite du conseil des ministres de l’Italie, Giorgia Meloni, n’ont jamais suscité les foudres de Donald Trump.

Cette dernière s’est immédiatement emparée de la crise pour exiger avec la Finlande la suspension des accords de Schengen avec l’Espagne, même si Rome ne dispose pas de frontières partagées avec Madrid. En France, l’extrême droite n’a pas été en reste, tout comme les candidats à l’élection présidentielle de 2027, Bruno Retailleau, du parti Les Républicains, et Edouard Philippe, du bloc central.

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La crise de Ceuta a ainsi été le révélateur d’un réflexe d’instrumentalisation et de division, là où la gravité et la réalité de la question de l’immigration exigeraient au contraire solidarité et unité. La mutation d’un monde caractérisé par la circulation effrénée des biens et les déplacements de populations provoqués par les guerres, les crises économiques et les effets du dérèglement climatique, de même que la réalité des « hivers » démographiques occidentaux, font que ce sujet va continuer à tarauder les opinions pour longtemps. Raison de plus pour tenter d’y répondre par la raison et le sang-froid plutôt que par une hystérisation populiste qui ne conduit nulle part.

Le Monde

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