L’expulsion « en urgence absolue » de l’influenceur algérien « Doualemn », condamné pour « incitation à la violence », a été annulée par le tribunal administratif de Paris, qui a également annulé le retrait de son titre de séjour, selon une décision consultée vendredi 18 septembre par l’Agence France-Presse (AFP).
Boualem Naman, connu sous le pseudonyme de Doualemn, avait été arrêté à Montpellier en mars 2025 pour avoir appelé à « donner une sévère correction » à un opposant au régime algérien dans une vidéo postée sur le réseau social TikTok le 4 janvier 2025. En juillet dernier, la cour d’appel de Montpellier a confirmé le jugement en première instance en condamnant l’influenceur de 61 ans, qui ne cache pas ses sympathies pour le gouvernement d’Alger, à cinq mois de prison avec sursis pour « incitation à la violence ». Il faisait toujours l’objet d’un arrêté d’expulsion pris en janvier 2025 par le ministre de l’intérieur de l’époque, Bruno Retailleau.
Lors de l’audience, le 3 septembre 2026, au sujet de cet arrêté, l’avocate de Doualemn, Me Vanessa Edberg, avait déploré que son client ait été « utilisé comme un pion politique ». « M. Retailleau s’est précipité sans examen sérieux du dossier et s’est servi du pouvoir judiciaire à des fins politiques », avait-elle dénoncé. L’interpellation de l’influenceur avait été annoncée sur le réseau social X par l’ex-ministre de l’intérieur et actuel président du parti Les Républicains, Bruno Retailleau, partisan d’une ligne dure face à Alger, qu’Emmanuel Macron a récemment dénoncée.
Dans son jugement, le tribunal administratif a estimé vendredi que les éléments rapportés par le ministère de l’intérieur « ne pouvaient suffire à démontrer que la présence de Boualem Naman, qui représente certes une menace grave pour l’ordre public (…), ferait peser un risque immédiat au point de justifier son expulsion en urgence absolue, alors qu’en outre l’autorité judiciaire n’a pas estimé utile de le placer en détention provisoire ni même sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès ». « Dans ces conditions, (…) le ministre de l’intérieur a entaché sa décision d’irrégularité », poursuit le tribunal.
Le tribunal conclut que « la décision d’expulsion de M. Naman (…) doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour lui retirant son titre de séjour et fixant l’Algérie comme pays d’éloignement ».
Le tribunal ne s’est en revanche pas prononcé sur la demande d’annulation d’un second arrêté d’expulsion, mais qui n’invoquait pas l’urgence absolue. M. Naman peut donc toujours être potentiellement renvoyé de France. Son avocate Me Vanessa Edberg étudie la possibilité de saisir la cour administrative d’appel, a-t-elle indiqué vendredi à l’AFP.