“Les enquêtes d’opinion prédisaient une vague bleue. C’est un tsunami qui s’est abattu en Saxe-Anhalt”, résume Le Temps. L’extrême droite allemande a revendiqué dimanche 6 septembre une victoire électorale “historique” dans cette région de 2 millions d’habitants, un de ses bastions de l’ex-Allemagne de l’Est, souligne le quotidien helvète.
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Avec un score de près de 44 %, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), formation antimigrants, russophile et pro-Trump, devance largement les conservateurs (CDU) crédités de 17,2 %, selon des résultats publiés par les chaînes publiques ARD et ZDF. Les sociaux-démocrates (SPD), la gauche radicale Die Linke et les Verts tournent eux autour de 9 %.
“Les conservateurs, qui avaient été une grande force politique à l’est de l’Allemagne depuis la Réunification, s’effondrent en divisant leur score par deux” soit “une chute de 18 points… qui profitent à l’AfD (+ 23 points)”, analyse Le Soir. “C’est plus qu’une défaite : c’est une déroute, qui devrait relancer le débat sur le remplacement du chancelier [Friedrich Merz] à mi-parcours”, souligne le quotidien belge. Celui-ci n’a pas réagi dans l’immédiat et prévoit de s’exprimer lundi, après une réunion de la CDU.
Le vice-chancelier Lars Klingbeil, membre des sociaux-démocrates, a, lui, reconnu dimanche soir que cette claque électorale était “un signal envoyé à Berlin”, qui doit “réfléchir à la voie des réformes empruntée”. “Nous avons écrit l’Histoire dans ce pays”, s’est félicité de son côté, Ulrich Siegmund, chef régional de l’AfD.
L’AfD n’est pas assurée de pouvoir gouverner
La victoire de l’extrême droite n’est toutefois pas totale. L’AfD a échoué à obtenir dimanche la majorité absolue, rapporte le quotidien autrichien, Der Standard. “Faute de partenaire de coalition”, la formation pourrait donc “se trouver dans l’incapacité de pouvoir gouverner”, observe la Süddeutsche Zeitung.
La droite radicale obtient 39 sièges, à trois élus de la majorité absolue au parlement régional. Pour l’atteindre, elle devra donc débaucher dans d’autres partis, comme la CDU, ou former une alliance de circonstances avec le mouvement de gauche pro-russe BSW qui obtient cinq élus, selon ARD.
“L’issue des élections” de dimanche “pourrait dépendre” de cette formation, note El País. Le parti dirigé par Sahra Wagenknecht s’est déclaré “prêt à faciliter l’investiture de Siegmund si l’AfD remporte le plus grand nombre de voix”, rappelle le quotidien espagnol.
Si cette alliance échoue, l’AfD serait forcé de se tourner vers “la CDU comme partenaire de coalition potentiel”, note Die Zeit. Siegmund et la cheffe de l’AfD à l’échelle nationale, Alice Weidel, ont d’ailleurs évoqué dimanche soir leur “main tendue”.
Mais comme le reste de la classe politique, la CDU a affirmé qu’elle excluait toute alliance avec la formation d’extrême droite. “Que se passerait-il si quelques députés de la CDU se laissaient malgré tout convaincre par Siegmund ?” s’interroge Die Zeit en rappelant que cette crainte “hantait déjà” le parti conservateur pendant la campagne électorale.
Si l’AfD ne parvient pas à former une coalition, une alliance des partis restants autour de la CDU reste un scénario possible. “Le principal obstacle à la réélection de [Sven] Schulze [le ministre-président sortant de Saxe-Anhalt] est que la CDU doit négocier avec Die Linke”, un parti de gauche que la CDU “considère comme aussi radical que l’AfD”, rappelle El País.
“La fin de la démocratie libérale devient envisageable”
Que l’AfD parvienne ou non à gouverner en Saxe-Anhalt, cette élection marque un “tournant décisif”, estime Der Spiegel. “Jusqu’à présent, l’AfD était une source d’effroi pour ses adversaires, mais elle était loin du pouvoir ou pouvait être relativement facilement empêchée d’y accéder. Désormais, elle est aux portes du pouvoir politique”, s’alarme l’hebdomadaire allemand.
“La République fédérale d’Allemagne, jadis fondée comme un contre-modèle au système criminel nazi, n’est plus à l’abri de l’extrémisme de droite. […] La conviction longtemps ancrée que les nazis, leurs sympathisants et leurs défenseurs étaient définitivement bannis du pouvoir en Allemagne cède désormais la place à une mise en garde : rien n’est acquis”, prévient la Südeutsche Zeitung.
Pour Der Spiegel, le danger “dépasse largement les frontières de la Saxe-Anhalt. Pendant la campagne, beaucoup ont affirmé que la Saxe-Anhalt était un petit Land et que son importance ne devait pas être surestimée. Mais c’est faux. Depuis que l’AfD a gagné en puissance, chaque élection régionale a acquis une dimension politique nationale”, estime le journal. Siegmund a lui-même parlé par le passé d’un “effet domino”, déclarant que l’AfD voulait, à partir de cette élection régionale, “bouleverser toute l’Allemagne”. “Il faut désormais prendre cela au sérieux : la fin de la démocratie libérale en République fédérale devient envisageable”, conclut Der Spiegel.
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