On ne rappellera jamais assez que le Hezbollah n’existait pas avant l’invasion massive du Liban, en juin 1982, par l’armée israélienne. Le gouvernement de Menahem Begin, le chef du Likoud, martelait sa détermination à éliminer la menace « terroriste » que représentait, selon lui, l’implantation de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à la frontière nord d’Israël. Il avait obtenu, deux mois plus tard, l’expulsion, par la mer ou par la terre, d’une dizaine de milliers de combattants palestiniens. Mais l’accord de paix signé en mai 1983 avec des autorités libanaises très affaiblies n’avait pas tardé à être abrogé.
Surtout, le vide laissé par l’OLP au Sud-Liban avait vite été comblé par la « résistance islamique » de miliciens pro-iraniens, longtemps clandestine, jusqu’à l’établissement officiel du Hezbollah, le Parti de Dieu, en février 1985. Ce nouvel adversaire, enraciné dans la population chiite locale, s’était avéré bien plus redoutable que l’OLP, au point que l’armée israélienne, incapable de le terrasser, s’était retirée unilatéralement du Liban en mai 2000, après dix-huit années d’occupation.
La France de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand s’était mobilisée avec constance pour défendre la souveraineté du Liban face aux velléités de satellisation par la Syrie, dont l’armée occupait une bonne partie du pays depuis juin 1976. Jacques Chirac, dès son accession à l’Elysée, en mai 1995, avait renversé cette politique traditionnelle, considérant qu’une coopération solide entre Paris et Damas était au contraire la meilleure garantie de l’épanouissement du Liban.
Une telle orientation découlait de la relation étroite nouée entre le président français et celui qu’il appelait son « frère », Rafic Hariri, premier ministre du Liban de 1992 à 1998, puis de 2000 à 2004. Elle avait conduit l’Elysée à multiplier les gestes en direction de Hafez Al-Assad, maître de la Syrie de 1970 à 2000, puis de son fils Bachar, héritier du « trône » de Damas à la mort de son père. La diplomatie française établissait dès lors une distinction entre le Hezbollah comme parti représenté au Parlement libanais, avec qui l’ambassade de France à Beyrouth dialoguait, et la branche armée de la « résistance islamique », toujours considérée comme « terroriste ».
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