“La musique colombienne est en deuil”, écrivait le 19 mai 2026 le journal El Espectador en ouverture de son hommage à Sonia Bazanta Vides, connue dans le monde entier sous son nom de scène, “Totó la Momposina”. La chanteuse, “l’une des figures les plus importantes du folklore national et ambassadrice des sons traditionnels colombiens sur les scènes internationales”, est morte le 17 mai 2026 au Mexique, à 85 ans. Mais ce n’est que deux jours plus tard que la nouvelle a été confirmée par les médias colombiens. Et, avec elle, c’est toute une page de la musique afro-caribéenne qui se tourne.

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“Elle est morte tranquillement, a confié son fils, Marco Vinicio, à Blu Radio. Pour nous, c’est un repos, car une femme comme elle, avec tant de vitalité et d’énergie, ne répondait plus physiquement [elle était alitée et recevait des soins palliatifs depuis plusieurs mois].” En 2022 déjà, l’artiste avait annoncé son retrait de la scène pour raisons de santé. Elle souffrait d’une maladie neurocognitive.

Totó La Momposina - Yo me llamo Cumbia

Et si le département de Bolívar, sa terre d’origine “où sa figure dépassait le cadre artistique pour devenir un patrimoine vivant”, pleure sa disparition, comme le souligne le quotidien El Tiempo, le deuil est bien national.

“Totó la Momposina est morte, ma parente et figure emblématique de l’art et de la culture caribéens colombiens. Qu’elle vole haut, jusqu’aux étoiles”, a réagi le président Gustavo Petro sur le site gouvernemental.

Une fille des Caraïbes

Née en 1940 au bord du fleuve Magdalena, à Santa Cruz de Mompox, ancien port fluvial des Caraïbes, Sonia Bazanta Vides est la fille d’une longue dynastie musicale portée par son grand-père, Virgilio Bazanta, qui dirigeait une fanfare, puis son père, Daniel, qui était percussionniste, et sa mère, Livia, chanteuse et danseuse, rappelle El Tiempo.

Contraints à l’exil par la violence qui étouffait la région alors que Sonia était encore petite, ses parents ont atterri à Bogota à une période rendue difficile par le racisme latent de la capitale. Ce qui ne les a pas empêchés de transformer la maison familiale en centre culturel.

Surnommée “Totó” pour le bruit qu’elle faisait en tapant sur un tambour, la chanteuse a étudié la musique au conservatoire de l’Université nationale de Colombie puis à la Sorbonne, à Paris.

Totó La Momposina - El Pescador (live at Real World Studios)

Grâce à sa voix puissante, elle a donné un nouvel élan aux musiques traditionnelles caribéennes : de la cumbia au porro en passant par le mapalé et le bullerengue, des genres alors relégués au profit de la salsa, selon El Tiempo. Grâce à elle, des musiciens ont décidé de voyager “pour découvrir les secrets de l’interprétation des cornemuses, des tambours, de l’accordéon et, en somme, des instruments traditionnels de la musique des Caraïbes colombiennes”.

Totó, mère de trois enfants, a notamment donné vie à des titres tels que El Pescador ou Yo Me Llamo Cumbia, qui évoquent la vie des gens ordinaires. C’est une “musique de vérité, qui ne ment pas”, aimait-elle dire.

La mémoire d’un peuple

Après avoir accompagné en musique la remise du prix Nobel de littérature à Gabriel Garcia Márquez, en 1982, elle a parcouru le monde pour faire connaître son folklore aux États-Unis, en Europe, à Cuba et en URSS.

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Sa famille a fait savoir qu’elle voyagera en Colombie dans les prochains jours pour un hommage au Capitole, le 27 mai. “Totó a été une femme qui, par sa voix et son engagement exceptionnel, a porté la culture et la mémoire du peuple colombien aux quatre coins du monde”, lit-on dans le communiqué familial.

Son fils résumait ainsi l’essence de l’artiste auprès d’El Espectador : “Quand elle était sur scène, ce n’était pas l’artiste, c’était la Colombie qui était présente sur les planches.”