« Investir dans la défense est responsable » parce qu’elle « protège [la] souveraineté (…), la liberté, la démocratie et le développement durable ». La sentence, prononcée par Eric Lombard, alors ministre de l’économie, en mars 2025, visait à dissiper un « malentendu sérieux » : celui de dissocier la défense de l’investissement durable. Et pour cause, « historiquement, le secteur est très majoritairement exclu des portefeuilles ESG [enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance] », retrace Mara Dobrescu, responsable de la recherche sur les fonds obligataires pour le cabinet d’analyses Morningstar.
Sauf qu’à la faveur des tensions internationales – guerre en Ukraine et désengagement américain en tête –, les budgets des armées européennes se sont envolés (+ 14 % en 2025 en un an), la Commission européenne souhaite mobiliser 800 milliards d’euros d’ici à 2030 et les pays membres de l’OTAN promettent de consacrer 3,5 % de leur PIB aux dépenses strictement militaires à l’horizon 2035.
Des investissements colossaux que les Etats européens et Bruxelles cherchent à seconder par des fonds privés. Ainsi, les fonds d’investissement durables géraient plus de 7 200 milliards d’euros d’épargne sur le continent, à la fin de 2025, selon Morningstar. Une manne dont la défense était jusqu’alors éloignée en raison des politiques d’exclusion de la majorité des gestionnaires qui mettaient à l’écart de leurs fonds durables la défense, au même titre que l’alcool, les jeux d’argent ou la pornographie.
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