Jean Ziegler pourrait tenir dans cette seule image, qui remonte à la toute fin des années 1970. Il se tient en costume cravate, devant un grand trou au fond duquel s’activent des pelleteuses dans un nuage de poussière, en banlieue de Lausanne (Suisse). Un caméraman le filme, tandis qu’il interpelle, aussi impérieux qu’implacable : « Derrière moi, on creuse les fondations d’un nouveau centre de calcul de l’UBS. Ce n’est pas juste un bâtiment de plus. Depuis ici, cette banque pourra continuer à affamer le monde. »
Génial pourfendeur des duplicités helvétiques ou trublion excessif aux envolées caricaturales ? Jean Ziegler, qui s’est éteint mercredi 10 juin à Genève, à 92 ans, était tout cela à la fois, lui qui avait fait de la provocation un art de vivre et de la colère un mode opératoire. Avec le sociologue, écrivain et infatigable pourfendeur de « l’ordre cannibale du monde » disparaît la conscience la plus vive, et sans aucun doute la plus clivante, de la Confédération helvétique.
Il vous reste 83.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !