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La normalisation de l’horreur : une crise du collectif

Que devient une société lorsque la violence cesse de la choquer ?En Haïti, l’horreur ne surgit plus comme une rupture : elle s’installe, circule et redéfinit progressivement les seuils de l’acceptable, révélant une crise plus profonde ; celle du collectif. Par Marnatha I. Ternier30 mai 2

La normalisation de l’horreur : une crise du collectif
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3 juin 2026
La normalisation de l’horreur : une crise du collectif
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La normalisation de l’horreur : une crise du collectif

  • by Rezo Nodwes
  • 3 juin 2026
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Que devient une société lorsque la violence cesse de la choquer ?
En Haïti, l’horreur ne surgit plus comme une rupture : elle s’installe, circule et redéfinit progressivement les seuils de l’acceptable, révélant une crise plus profonde ; celle du collectif.

Une société ne s’effondre pas uniquement sous le poids de la violence. Elle s’effondre lorsque cette violence cesse de constituer une rupture.
Vivre ne se limite pas à exister. Vivre, c’est éprouver le monde, reconnaître la beauté dans un visage, dans un geste, dans la texture même du réel. C’est habiter l’existence avec sens, dans une relation constante à soi, aux autres et à ce qui nous entoure.

Mais cette expérience n’est jamais solitaire. L’être humain est un être de relation. Il se construit dans le collectif, à travers des normes, des valeurs et des représentations qui façonnent son regard. Le collectif ne constitue pas un simple cadre : il est une structure qui produit l’individu autant qu’elle est produite par lui.

Que devient alors une société lorsque cette structure se dégrade ?

En Haïti, une transformation profonde s’opère. La violence ne surgit plus comme une rupture : elle s’installe comme un environnement. Elle ne choque plus : elle circule. Elle ne scandalise plus : elle s’intègre. Et, à terme, elle se constitue elle-même en valeur.

À ce stade, voyons quelques repères.
Le 12 mars 2021, des policiers, qui avaient fait de leur vie un engagement au service d’une société, sont abattus à Village-de-Dieu (situé à la sortie Sud de la capitale). Des corps mutilés, des existences arrachées. Des familles brisées, des femmes et des enfants à jamais marqués par leur absence et le traumatisme qui s’en suivit. Puis, lentement, le choc se dissipe.

Dans un autre registre, un médecin, après une vie consacrée à soigner et sauver des vies, est assassiné. Son corps est exposé, filmé, diffusé. La mort cesse d’être un moment de recueillement : elle devient une image consommable. Il y a aussi cette jeune femme brûlée, ligotée, exposée. Certains n’ont fait que regarder, d’autres ont commenté.

De manière régulière, des enfants subissent des violences extrêmes dans une indifférence qui n’est plus une anomalie, mais un symptôme. Une société qui ne protège plus ses enfants ne se fragilise pas : elle se condamne.

Hier encore, un jeune homme est arraché à son quotidien, enlevé, séquestré, humilié, puis rejeté au monde comme un corps revenu d’un lieu sans nom. Derrière lui, une famille suspendue à l’attente, consumée par une angoisse sans repos, traversée par une douleur insoutenable, et cette question, obsédante, déchirante : pourquoi lui ? Lorsqu’il revient, rien ne revient vraiment avec lui.

Comme si, à force de répétition, même l’effroi avait cessé de trouver sa place en nous.
Plus récemment, le 30 mai 2026, trois policiers sont abattus. Leurs corps circulent en boucle sur les réseaux. Et ce qui devrait arrêter le temps devient de fait un contenu parmi d’autres.

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