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Géopolitique

« La politique commerciale européenne est remise en cause, en son cœur, par ses artisans et ses plus fervents promoteurs »

Si l’Union européenne est tentée par une forme de repli en matière de commerce, il n’est cependant pas certain qu’elle ait encore la maîtrise de sa propre politique en ce domaine, analyse Bruno Alomar, ancien haut fonctionnaire à la Commission européenne, dans une tribune au « Monde ».

« La politique commerciale européenne est remise en cause, en son cœur, par ses artisans et ses plus fervents promoteurs »
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Est-ce le chant du cygne de la politique commerciale européenne ? Poser la question est presque sacrilège. Car c’est autour du commerce que l’Europe, depuis 1957, a été bâtie. La démocratie chrétienne et la social-démocratie, en Italie, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, qui ont largement fondé l’Europe, sont innervées par une puissante tradition marchande. Logiquement, dans l’article 3 du traité européen, parmi les cinq domaines listés dans lesquels les Etats ont transféré l’intégralité de leurs pouvoirs à l’Union européenne (UE), deux – l’union douanière et la politique commerciale commune – relèvent du commerce. Le commerce est ainsi l’un des rares domaines dans lesquels l’Europe existe. Pas de commerce, pas d’Europe.

La remise en cause de la compétence commerciale de l’UE n’est donc pas anodine. Elle trouve sa source dans l’évolution du commerce européen : longtemps excédentaire, l’Europe – et en son sein, la grande puissance commerciale allemande – s’inquiète désormais du décrochage de sa compétitivité, notamment vis-à-vis de la Chine (359,8 milliards d’euros de déficit commercial en 2025). Elle est cependant moins récente qu’on ne le croit. Au cours des années récentes, les signaux d’alerte se sont multipliés.

D’abord le Brexit. Il contrevenait à la justification première de la politique commerciale : unis, 450 millions d’Européens imposeraient leur force. Ce mantra fédéraliste s’est révélé faux. Car il ne suffit pas d’être grand pour faire prévaloir ses intérêts. Si c’était le cas, l’UE ne mettrait pas des décennies à négocier un accord commercial avec un pays comme la Nouvelle-Zélande. Le Royaume-Uni, qui a quitté l’UE, n’est, sur le plan commercial, ni mieux ni plus mal traité que les Vingt-Sept par l’Amérique de Donald Trump. Et Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, déclarait le 22 août 2025 : « Avec ses 450 millions de consommateurs, l’Union a cru que sa dimension économique s’accompagnait d’un pouvoir géopolitique et d’une influence dans les relations commerciales internationales. Cette année restera dans les mémoires comme celle où cette illusion s’est dissipée. »

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