“L’intensification de l’activité humaine modifie le mode de vie et de communication d’un oiseau de l’Himalaya.” Le site de la BBC se fait ainsi l’écho de deux études menées par des chercheurs en Inde et publiées ces derniers mois. L’une montre que le lophophore resplendissant (Lophophorus impejanus) est obligé de monter en altitude dans les montagnes à mesure que son habitat naturel, dans les prairies alpines au-dessus de la limite des arbres, devient saturé. L’autre a permis de comprendre que cet oiseau de la famille des phasianidés modifie son cri pour mieux se faire entendre malgré le bruit des humains, dans une vallée très fréquentée.
“Deux études qui doivent servir d’avertissement concernant d’autres espèces plus vulnérables : si le lophophore resplendissant se retrouve obligé de changer de voix, mais aussi d’adresse, quelles peuvent bien être les contraintes pour d’autres animaux plus sensibles que lui ?” se demande, sur le site de la BBC, Vishal Singh, spécialiste de l’environnement, qui travaille sur les enjeux d’écologie et de climat dans l’Himalaya mais n’a pas participé à ces travaux.
Deux vallées, deux ambiances
Ce n’est pas la première fois que des chercheurs démontrent que la pollution sonore affecte la communication des animaux, et en particulier des oiseaux. Ces nouveaux travaux viennent confirmer, dans un milieu en apparence plus reculé, la montagne, ce qui a déjà été observé dans les villes.
Pour ce faire, les chercheurs ont enregistré des centaines de vocalisations de lophophores resplendissants dans deux endroits de la chaîne himalayenne, côté indien : la vallée de Madmaheshwar et la vallée de Chopta. Le résultat de la comparaison est frappant. Dans la zone la plus bruyante, la fréquence du cri des oiseaux était nettement plus élevée que dans l’autre.
“Le Madmaheshwar reste assez préservé, vu l’absence de route, alors que la vallée de Chopta est desservie par une route, et connaît une forte fréquentation de pèlerins, de très nombreux passages. Nous avons travaillé sur la bioacoustique du lophophore, son comportement sonore, et nous avons découvert que dans la vallée de Chopta, cet oiseau chantait à une fréquence et à une amplitude plus élevées. Et plus basses, à l’inverse, dans la vallée de Madmaheshwar. Cela s’explique par la présence de nuisances sonores d’origine humaine, causées par les transports et par le passage de pèlerins à pied”, explique, au journal The Indian Express, Anand Kumar, coauteur de l’étude et chercheur à la faculté de zoologie de l’Université centrale de l’Uttarakhand.
Et cela pourrait avoir des répercussions sur le comportement social de cet oiseau aux plumes colorés, emblème du Népal, et en particulier sur sa reproduction, dans la mesure où la communication vocale semble être un élément important pour que les couples se forment.
Flexibilité comportementale
Cela ne signifie pas pour autant que cette modification de fréquence dans leur vocalisation est la manifestation d’une évolution de l’espèce ou d’un changement permanent. D’après Rajeev Lochan, qui a participé aux deux études, les résultats suggèrent plutôt qu’il s’agit d’une forme d’adaptation de l’oiseau et traduisent une flexibilité comportementale en réponse à différents environnements acoustiques.
“Face à l’augmentation constante de la pression anthropique sur les écosystèmes himalayens, cette étude montre qu’il est urgent de comprendre en détail la communication sonore du lophophore, afin d’éclairer les politiques de conservation”, écrivent les auteurs dans Proceedings of the Zoological Society.
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