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« La recherche française n’a pas seulement besoin de moyens, elle a besoin de temps »

La docteure en immunologie Héla Saïdi alerte, dans une tribune au « Monde », sur l’augmentation du nombre d’heures consacrées aux procédures administratives plutôt qu’à la recherche. Elle préconise de mettre la question du « temps rendu à la science » au cœur de la prochaine réfo

« La recherche française n’a pas seulement besoin de moyens, elle a besoin de temps »
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Le débat sur l’enseignement supérieur et la recherche ne peut plus se résumer à une affaire d’organigrammes. La vraie question est plus concrète : combien de temps les scientifiques peuvent-ils encore consacrer à la recherche, plutôt qu’aux ressaisies, aux procédures redondantes et à la fragmentation administrative ? Toute réforme à venir devrait se juger à un seul critère : non pas le nombre de structures créées ou fusionnées, mais le nombre d’heures de recherche effectivement rendues aux équipes.

La France ne manque ni de chercheurs, ni d’infrastructures, ni de grands organismes. Elle souffre d’un mal plus discret : l’énergie des équipes se disperse entre tutelles multiples, outils numériques qui ne communiquent pas et obligations de suivi redondantes. Certaines procédures garantissent l’éthique, la sécurité des patients et la protection de l’argent public. L’enjeu n’est donc pas de promettre abstraitement « moins d’administration », mais de distinguer ce qui protège de ce qui n’est qu’une charge évitable.

Une consultation menée en 2025 par la Cour des comptes auprès des plus grandes unités du CNRS donne une première mesure du problème : le temps administratif y est estimé entre 20 % et 30 % du temps des chercheurs, jusqu’à 70 %-80 % pour certains directeurs d’unité. Il ne s’agit pas d’une mesure exhaustive. Mais l’alerte est suffisamment sérieuse pour justifier ce qui manque aujourd’hui : une mesure nationale, régulière et publique, sur un échantillon représentatif de toutes les disciplines.

Ce vide statistique n’est pas un détail. Chaque acteur – établissement, tutelle, chercheur – avance ses propres estimations, sans base commune pour juger si une réforme fonctionne. On ne simplifie durablement que ce que l’on sait mesurer dans la durée.

La question du financement ne doit pas être dissociée de celle-ci. En 2024, la dépense intérieure de recherche et développement de la France s’est élevée à 64,1 milliards d’euros, soit 2,18 % du produit intérieur brut – en retrait par rapport à l’objectif de 3 % fixé au niveau européen et repris par la loi de programmation de la recherche pour 2030. Mais l’expérience des vingt dernières années le montre : une hausse de moyens ne suffit pas si chaque euro supplémentaire se traduit par de nouvelles procédures plutôt que par plus de science. La France ne doit pas choisir entre investir davantage et simplifier davantage : les deux mouvements doivent être conduits ensemble.

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