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Géopolitique

« La République islamique d’Iran se serait sans doute déjà effondrée si elle n’était pas dotée de son corps fasciste »

L’Etat tentaculaire contrôle la société à distance, pendant qu’une masse de militants armés sème la terreur sur le terrain. Ce système à deux têtes permet au régime totalitaire de se maintenir, estime le cinéaste Mehran Tamadon dans une tribune au « Monde ».

« La République islamique d’Iran se serait sans doute déjà effondrée si elle n’était pas dotée de son corps fasciste »
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Dès 1980, un an après la révolution, la République islamique d’Iran éradique toute opposition politique intérieure, impose ses lois religieuses à toute la société et devient un régime totalitaire. Un totalitarisme théocratique, qui tente de plier tout un peuple à l’idéologie de l’islam chiite, désigné comme la voie vers la société idéale. La République islamique structure dès lors l’entièreté de ses institutions autour de sa religion, avec un ministère de la culture et de l’orientation islamique, un autre de la justice islamique, une armée idéologique dirigée par les gardiens de la révolution, et deux services de renseignements généraux, l’un au ministère du renseignement, l’autre au sein des gardiens de la révolution.

Ce régime ultracentralisé est tentaculaire : il étend ses ramifications sur la totalité du territoire par le biais, entre autres, des mosquées et des bassidji [milice paramilitaire du gouvernement iranien, notamment chargée de la répression dans le pays], dont aucune ville de province n’est privée. Les bases de bassidji, où sont actifs les miliciens de quartier, sont bien souvent accolées aux mosquées et présentes dans les universités et les administrations, permettant au pouvoir d’être informé de l’état de la société, autant à l’échelle locale que nationale.

Le totalitarisme à l’iranienne tente en vain d’ordonner la vie des individus, prescrivant leurs modes de relations interpersonnelles, leurs rituels, leur rapport au travail, à la morale, à l’éducation, au sexe. Il s’immisce donc dans les gestes du quotidien, le langage, la littérature, le cinéma, etc., souhaitant que chaque individu respecte les lois de l’islam chiite afin d’accomplir collectivement le projet d’une société de « bonheur » pour les êtres humains.

Ecraser l’opposition

Dans les presque quarante-huit années suivant la révolution, les provinces et grandes villes voient se construire des milliers de mosquées et des centaines de mausolées ; les cérémonies de naissance et de deuil des imams chiites envahissent l’espace public ; les médias de la République islamique promeuvent l’islam à longueur de journée. Au même moment, toute autre pensée que celle du pouvoir dominant est empêchée, voire interdite.

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