La biologie est partout ? Loin des promesses d’enchantement de la bio-ingénierie, Thierry Hoquet, dans Le Nouvel Esprit biologique (PUF, 2024), propose une réflexion sur les nouveaux cadres théoriques d’une discipline qui « paraît avoir déployé une emprise sans précédent sur la matière vivante ». Depuis le XVIIIᵉ siècle, les savants ont progressivement mis en évidence les capacités transformatrices du vivant contre les conceptions fixistes héritées de l’Antiquité.
Science en perpétuelle redéfinition, la biologie contemporaine célèbre la plasticité du vivant, tout en reconnaissant les limites des approches réductionnistes. Malgré les succès de la biologie moléculaire, le passage du génome à l’organisme, du gène au caractère ou de la donnée biologique à son interprétation demeure largement problématique.
A travers trois grands domaines – la fabrique de la vie (biogenèse), les organismes (ontogenèse) et les espèces (phylogenèse) –, Hoquet rappelle le rôle central du temps et de l’évolution dans la pensée biologique. Longtemps soupçonnée d’essentialisme ou de réductionnisme, la biologie a certes emprunté à la physique certains de ses modèles, mais elle s’en est progressivement émancipée. Les grands binarismes qui structuraient la discipline (génotype/phénotype, gènes de structure/gènes régulateurs, eucaryotes/procaryotes) sont aujourd’hui remis en cause par une approche plus relationnelle du vivant.
L’attention portée aux bactéries, virus et microbes a profondément transformé les représentations biologiques. L’arbre du vivant cède en partie la place aux transferts horizontaux de gènes, l’individu biologique apparaît traversé par les symbioses, tandis que les microbes sont réhabilités comme acteurs majeurs de l’évolution. Les hiérarchies héritées des classifications linnéennes se trouvent remplacées par une vision plus dynamique du vivant, conçue comme un ensemble de relations, de compositions et d’interdépendances, au prix parfois d’une plasticité du vivant. L’essor du séquençage et de la bio-informatique depuis les années 1970 a encore renforcé cette molécularisation de la biologie.
Il vous reste 48.34% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !