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« La Tunisie n’est plus dans une transition démocratique bloquée, elle est entrée dans une transition autoritaire inachevée »

Cinq ans après l’arrivée au pouvoir du président Kaïs Saïed, l’Etat tunisien est fragilisé par la destruction du système issu de la révolution de 2011, conjuguée à l’absence d’un modèle alternatif durable, analyse le militant démocrate Kamel Jendoubi dans une tribune au « Monde

« La Tunisie n’est plus dans une transition démocratique bloquée, elle est entrée dans une transition autoritaire inachevée »
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Le 25 juillet marquera les cinq années du pouvoir personnel instauré par Kaïs Saïed. Un recul suffisant pour dresser un premier bilan politique. Jamais, depuis la révolution de 2011, un président tunisien n’avait concentré autant de pouvoirs. Jamais pourtant l’Etat n’avait souffert d’une telle faiblesse. Car derrière l’image d’un pouvoir absolu se cache une autre réalité : la Tunisie n’est plus dans une transition démocratique bloquée ; elle est entrée dans une transition autoritaire inachevée.

Pendant cinq ans, Kaïs Saïed a méthodiquement déconstruit les institutions nées de la révolution. Le Parlement a été neutralisé, les partis ont été marginalisés, les collectivités locales vidées de leur substance, la justice placée sous tutelle, les médias indépendants et publics bâillonnés, les associations fragilisées, les syndicats soumis à une pression permanente. Le pouvoir s’est recentré autour de Carthage, sans médiation ni contre-pouvoir.

Mais cette destruction n’a pas été suivie d’une reconstruction. C’est là que réside l’échec du système. La plupart des analyses décrivent le régime actuel comme une concentration autoritaire du pouvoir. Cette lecture est exacte, mais incomplète. Elle ne voit que le sommet sans regarder l’appareil d’Etat.

A la différence du régime de Zine El-Abidine Ben Ali [1987-2011], qui combinait répression policière, gestion administrative et mécanismes de médiation sociale, le pouvoir actuel ne s’appuie ni sur un parti, ni sur une coalition, ni sur des organisations capables de réguler les conflits. Sous Ben Ali, les corps intermédiaires étaient certes contrôlés mais remplissaient une fonction de régulation. Aujourd’hui, ils sont délégitimés ou neutralisés, sans qu’aucune architecture alternative ne les remplace.

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Le projet politique de Kaïs Saïed repose sur une idée simple : établir un lien direct entre le peuple et le président. Cette vision a sa cohérence idéologique, mais elle se heurte à une difficulté majeure. Lorsque les corps intermédiaires cessent de jouer leur rôle, les tensions sociales remontent directement vers l’Etat, qui se retrouve seul face à des demandes auxquelles il ne répond pas. C’est ainsi que le système actuel apparaît tout à la fois plus autoritaire et plus fragile.

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