Après des propos jugés « offensants » du président argentin, Javier Milei, notamment à l’encontre de son homologue brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, le Brésil a rappelé pour consultation, dimanche 26 juillet, son ambassadeur en Argentine, a annoncé à l’Agence France-Presse (AFP) le ministère des affaires étrangères brésilien.
Présent lors de l’investiture samedi à Sao Paulo de Flavio Bolsonaro comme candidat à l’élection d’octobre au Brésil, le chef de l’Etat ultralibéral argentin a qualifié – sans le mentionner directement – le président brésilien de gauche de « voleur » et de « prisonnier », a constaté l’AFP.
Figure de proue de la droite latino-américaine, Javier Milei a mis en garde contre « le risque Lula », lors des élections, et a appelé le Brésil à se libérer de « l’asservissement à la gauche ».
Sans nommer le juge de la Cour suprême brésilienne, Alexandre de Moraes, le président argentin a également déclaré que « cette ordure chauve » l’avait empêché de rendre visite à son « ami injustement emprisonné », Jair Bolsonaro, père de Flavio, président du Brésil de 2019 à 2022, incarcéré pour tentative de coup d’Etat en 2022 puis assigné à résidence à Brasilia.
Tensions diplomatiques et accusations croisées
« L’ambassadeur du Brésil à Buenos Aires, Julio Bitelli, a été rappelé pour consultation », le président Milei ayant « offensé deux pouvoirs, le peuple et la démocratie brésilienne », a affirmé à l’AFP une source diplomatique brésilienne. Le diplomate doit arriver au Brésil entre dimanche et lundi. Le gouvernement brésilien a par ailleurs convoqué dimanche l’ambassadeur argentin dans le pays.
« Au Brésil, nous n’acceptons pas que quiconque mette son nez là où on ne lui a pas demandé de le faire », a lancé dimanche le président Lula, sans préciser la cible de ses propos, lors d’un événement avec des syndicalistes. Il a promis de continuer à diriger le pays « sans interférence de quiconque ».
Dimanche, Javier Milei a repris la parole, et accusé le gouvernement brésilien, mais aussi le Mexique et le Parti démocrate américain, d’avoir financé une « campagne anti-argentine ».
Il semblait faire référence, au moins en partie, aux critiques visant le pays et son équipe, en marge de la dernière Coupe du monde de football. Plusieurs joueurs et membres du staff technique de l’Argentine, battue 1-0 par l’Espagne en finale après prolongation, s’en sont pris à leurs homologues espagnols au coup de sifflet final. De quoi susciter des critiques à l’encontre de la sélection argentine.
« Qui a mis le plus d’argent dans cette campagne anti-argentine ? Le gouvernement du Brésil. Vingt-cinq pour cent des ressources venaient du gouvernement du Brésil », a assuré M. Milei dans une interview à Radio Mitre. « Ce sont les têtes pensantes progressistes qui ne veulent pas que les idées de la liberté fonctionnent », a-t-il déclaré. Le président argentin n’a pas présenté d’élément pour étayer ses accusations.
« Indigne de la fonction »
Javier Milei s’est attiré les foudres du président de la Cour suprême brésilienne, Edson Fachin, qui a critiqué, dans un communiqué, sa « référence irrespectueuse » à l’égard du juge Moraes et a déploré des « propos incompatibles avec l’esprit civique qui doit caractériser les relations entre Etats ». Edinho Silva, le président du Parti des travailleurs, au pouvoir au Brésil, a quant à lui estimé que le chef d’Etat argentin s’était montré « indigne de la fonction qu’il occupe ».
Le président Lula entretient des relations très froides avec Javier Milei depuis que ce dernier a pris, en 2023, la présidence de l’Argentine, pays voisin et partenaire stratégique du Brésil. Bien qu’ils se soient croisés lors de rencontres multilatérales, ils n’ont jamais tenu de réunion bilatérale.
Lors de son dernier voyage en Argentine, en 2025, Lula avait en revanche rendu visite à l’ancienne présidente et actuelle figure de l’opposition, Cristina Fernandez de Kirchner, placée en résidence surveillée pour corruption.
Samedi, le président Milei a accusé Lula d’avoir tenté de lui nuire pendant la campagne présidentielle argentine de 2023. « J’avais un voisin qui s’immisçait dans la politique argentine pour essayer de fausser le cours de l’histoire en faveur de ces salauds de gauchistes », a-t-il lancé, sans nommer, là encore, le président brésilien.