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Le cinéma italien plongé dans des crises à répétition
Par Allan Kaval (Rome, correspondant) et Aureliano Tonet (Venise [Italie], envoyé spécial)RécitL’absence de prix pour les cinéastes transalpins lors de la 83ᵉ édition de la Mostra de Venise illustre les difficultés du modèle industriel du cinéma italien, accentuées par l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, en 2022. Néanmoins, une réforme ambitieuse du secteur, votée le 10 septembre, laisse espérer une amélioration.
Un air de déjà-vu flottait, samedi 12 septembre, sur Venise : aucun Italien ne figurait au palmarès de la compétition de la Mostra, dévoilé ce soir-là. Ce zéro pointé, à domicile qui plus est, s’ajoute à l’absence des cinéastes du Bel Paese dans les principales sections des festivals de Berlin et de Cannes, en début d’année. Il y a plus d’une décennie qu’un Italien n’a pas remporté un Lion d’or (Gianfranco Rosi, en 2013), un Ours d’or (le même Rosi, en 2016), un Oscar (Paolo Sorrentino, en 2014), sans parler d’une Palme d’or (Nanni Moretti, en 2001).
Pour être tout à fait honnête, un prix a bel et bien été remis, le 8 septembre sur la lagune, à un habitant de la Botte : celui de la critique la plus mordante déposée sur le « Mur des lamentations », où les festivaliers sont invités, pour rire, et sur une désuète feuille de papier, à dénigrer la programmation. Récompensé pour son commentaire acide de The Echo Chamber – l’un des cinq films italiens en compétition –, Cristian Poletti refuse de céder au fatalisme : « Notre cinéma dispose d’un réservoir de talents, veut croire cet employé de l’université de Padoue, qui a pris deux semaines de congé pour suivre le festival. Le problème, c’est que les ressources sont accaparées par une génération qui a fait son temps. »
Non loin stationne l’ambulance officielle de la Mostra, dont la carrosserie salue le « don » financier des champions du monde de football 2006… Il est tentant d’y voir une allégorie, tant les piètres performances des cinéastes font écho à celles de leurs compatriotes footballeurs, qui ont échoué à se qualifier pour les trois dernières Coupes du monde. Qu’est-il arrivé au pays de Fellini pour qu’il dégringole de la sorte ? Au lendemain du palmarès vénitien, la presse locale ne mâchait pas ses mots. Une « débâcle », fustigeait La Repubblica. « La énième confirmation de la faiblesse » du cinéma national, « prisonnier d’un repli sur soi excessif », appuyait le Corriere della Sera.
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