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Le coucou, ce faussaire génial qui intrigue les chercheurs
Par Nathaniel Herzberg (Mutenice (République tchèque), envoyé spécial)EnquêteDe la famille des cuculidés, le coucou est un véritable stratège aux talents sans limites, connu pour sa propension à parasiter les couvées d’autres oiseaux. En recourant notamment à la génomique, les scientifiques cherchent à comprendre comment il a pu s’adapter à une centaine d’hôtes au cours des siècles. Et remettent en question certains de ses comportements.
Posez donc la question autour de vous : « A quoi ressemble le chant du coucou ? » Il est très probable que votre interlocuteur vous regarde d’un air méfiant, tant la réponse lui semblera évidente. Alors ? « Cou-cou ! », chantera-t-il invariablement, la première note un peu plus haute, un peu plus appuyée aussi que la seconde, dans une imitation presque parfaite. « Et à quoi ressemble le coucou ? »
Bienvenue en terre inconnue ! S’embarquer à la recherche du coucou, c’est traquer un animal que tout le monde connaît mais que personne n’a vu ; c’est s’approcher d’un tueur en série dont les crimes ne peuvent que nous horrifier et découvrir un stratège d’exception, faussaire aux talents sans limites. C’est redouter le mal absolu et toucher le génie. Génie du mal, s’obstineront certains. Vous en jugerez.
Pour observer son côté obscur, il suffit de suivre Aristote (384-322 av. J.-C.) qui, dans son Histoire des animaux, ne cache pas tout le mal qu’il pense de ce perfide, ce « poltron » : « Il n’y a pas d’oiseau qui soit plus lâche que celui-là », tranche le philosophe. Les raisons de cette haine ne sont en rien mystérieuses. Elles tiennent à ce que les scientifiques nomment le « parasitisme de couvée ». Plutôt que d’élever elle-même ses petits, la mère pond son œuf dans le nid d’une autre, à qui elle laisse la charge de l’élever. Profondément immoral, selon Aristote, ce comportement a toujours impressionné l’ornithologue néo-zélandaise Rose Thorogood, professeure à l’université d’Helsinki, qui étudie l’oiseau depuis vingt ans. « Que ma fille me pardonne mais, quand on sait ce que représente l’éducation des enfants, on ne peut être qu’admirative », dit la chercheuse, avec l’humour de celle qui a passé dix années à Cambridge (Royaume-Uni).
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