« Voici pour vous du fenouil et des colombines… » Ophélie, dans sa douce folie, multiplie les offrandes végétales à son entourage, raconte Shakespeare dans Hamlet (1603). Fenouil et colombines (ancolies), donc, mais aussi romarin et herbe de grâce, pensées et pâquerettes… Soit autant de cueillettes fictives, issues d’un jardin peuplé de fantômes.
Dans un véritable jardin, le fenouil n’aurait jamais laissé pousser autant d’espèces à l’ombre de ses ombelles dorées. Car, sous son air éthéré, cette herbacée défend âprement son territoire : elle déploie, sous terre et dans les airs, tout un arsenal d’armes biochimiques qui affaiblissent ses voisines. Une guerre des jardins étouffée mais féroce.
Les Grecs de l’Antiquité avaient fait de cette plante combative un symbole de victoire : celle des Athéniens sur les Perses, en 490 avant notre ère, lors de la bataille de Marathon… qui se serait déroulée dans un champ de fenouil. D’où le nom grec de la plante, maratho.
Son nom savant actuel, Foeniculum vulgare, vient du latin fenuculum, qui signifie « petit foin ». Ce qui ne rend guère hommage à son port aérien. Ni à la dentelle de ses feuilles filiformes, qui confère aux potagers les plus sages une touche un peu sauvage. Ce feuillage échevelé, en réalité, est une adaptation aux climats secs : il réduit les pertes en eau de la plante.
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