Le pianiste Sullivan Fortner expérimente ses souvenirs sur son sixième album
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Leave That in There, ou «Laisse-ça à l'intérieur » en français, c'est le titre du sixième album du génial pianiste de jazz Sullivan Fortner. A 39 ans, le Louisianais est au sommet de son art pour rendre hommage à la culture de La Nouvelle-Orléans.
Considéré comme le meilleur pianiste de jazz de sa génération, Sullivan Fortner est actuellement en tournée en Europe pour présenter son dernier album. Un jazz « new orleans » mais pas seulement. C'est un disque d'étape dans lequel il revient sur son propre parcours musical.
Il est né voici trente neuf ans à Laplace, en Louisiane, ville mitoyenne de La Nouvelle-Orléans. Dès l'âge de onze ans, à l'église en écoutant l'organiste Ronald Markham, Sullivan Fortner découvre sa vocation. Il s'inscrit au New Orleans Center for Creative Arts, où il apprend le métier.
Rapidement son talent explose et Sullivan Fortner devient un pianiste recherché par les artistes de jazz. En paralèlle, il développe son propre répertoire qui lui vaut de multiples récompenses dont le Grammy Award en 2025 du Meilleur album instrumental de jazz avec Southern Nights.
Leave that in there est son sixième album. Un album d'étape et de réflexion personnelle sur son art. « J’ai réfléchi à mon parcours musical et je me suis dit : "En fait, j’ai grandi en jouant du gospel. Je me suis mis au jazz au lycée, en même temps que la musique classique. J’ai aussi grandi en écoutant du r'n'b, du funk, du hip-hop et tout ça. Alors pourquoi est-ce que je classe les genres musicaux ?" Il n’y a pas besoin de les classer. On fait simplement de la musique. C’est ainsi qu’est née l’idée de l'album.»
Un album qui condense le savoir-faire du trio formé par Sullivan Fortner avec le contrebassiste Tyron Allen II et batteur Kayvon Gordon. Deux hommes avec qui il se produit depuis deux ans environ. Le titre qui ouvre l'album s'intitule « Sugarcane », c'est un hommage à l'histoire des cultures des Africains-Américains.
« Au début du XIXe siècle, une révolte d’esclaves a eu lieu en Louisiane. Laplace était alors couverte de champs de canne à sucre. Et ils utilisaient ces champs comme cachettes pour s’échapper et rejoindre La Nouvelle-Orléans, une région plus libre. Le morceau fait donc écho à ces références. Je veux dire que j’ai demandé à Kayvon de jouer des rythmes de tambour bata pour évoquer certaines influences issues des racines latino-américaines, de la culture haïtienne et du vaudou, qui ont aussi une influence sur la culture et la mentalité de la Nouvelle-Orléans.»
Le tambour bata dont il est question, c'est le tambour yoruba introduit aux Etats-Unis par les esclaves. Il est aussi utilisé à Cuba dans les cérémonies rituelles du Senteria. C'est un tambour en forme de double cônes de tailles et de sonorités différentes.
Tout au long de l'album, Sullivan Fortner laisse entendre son amour pour des claviers aussi divers que l'orgue Hammond et le synthétiseur Prophet. Des instruments sur lesquels il a appris la musique. Un jazz libre et inspiré qui est aussi une façon de rendre hommage à celles et ceux qui l'ont inspiré durant ces vingt dernières années, à commencer par le trompettiste disparu, Roy Hargrove, ou encore un autre trompettiste Wynton Marasalis, ainsi que sa grande amie, la chanteuse Cécile McLorin Salvant.
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