“L’aventure s’arrête, l’œuvre demeure.” En une, le quotidien gouvernemental sénégalais Le Soleil salue l’intemporalité de L’Aventure ambiguë, chef-d’œuvre de Cheikh Hamidou Kane, mort le 3 octobre à Dakar, à l’âge de 98 ans. “L’aventure fut belle !” abonde dans le même registre Enquête Plus, affichant à sa une le portrait de l’homme, cheveux grisonnants et sourire réservé.
“Cheikh Hamidou Kane s’en va. Son œuvre, elle, continuera de cheminer de génération en génération, comme une parole ancienne que le temps n’a pas réussi à faire taire”, écrit Le Soleil. L’“œuvre” renvoie donc en premier lieu à L’Aventure ambiguë, roman publié en 1961 et couronné du Grand Prix littéraire d’Afrique noire, un récit que Cheikh Hamidou Kane, “plus profond que prolixe”, a mis neuf ans à achever, rappelle L’Observateur paalga.
Le petit Samba Diallo, héros du roman, c’est un peu lui. Le fils d’une famille de l’aristocratie peule du nord du Sénégal, formé à l’école coranique puis à l’école française, jusqu’au lycée parisien Louis-le-Grand, et aux études de droit et de philosophie, sous la colonisation.
Une expérience de la dualité qui questionne l’enseignement islamique, la culture traditionnelle et spirituelle transmise au Sénégal, mais aussi “la colonisation, son idéologie, ses objectifs, sa puissance avatariale, dont l’‘art de vaincre sans avoir raison’ sur les colonisés”, poursuit le quotidien burkinabè.
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Un parcours initiatique “miné par l’angoisse existentielle de l’époque : ce qu’ils apprendront chez les Blancs sera-t-il au prorata de ce qu’ils oublieront de la culture de leurs ancêtres ?” résume son confrère ouagalais Wakat Séra, tout en rappelant que “le savoir immense [de Cheikh Hamidou Kane] a servi d’étoile Polaire à nombre de combattants et de politiciens [revendiquant] la souveraineté de l’Afrique”.
L’Aventure ambiguë “a permis à plusieurs générations d’Africains de réfléchir à la nécessité de ‘s’ouvrir au savoir du monde sans rien perdre de ce que nous sommes’, lit-on dans Walf Quotidien, qui cite des extraits de l’hommage rendu à l’écrivain par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye.
Pouvoir et exil
Après une incursion dans la conduite des affaires du Sénégal, au lendemain des indépendances, en tant que gouverneur de Thiès puis haut commissaire général au plan, Cheikh Hamidou Kane s’exile en 1962. Un signe de protestation contre une “forfaiture” du premier président sénégalais, Léopold Sedhar Senghor : “l’arrestation et l’embastillement de l’ancien Premier ministre Mamadou Dia, alors accusé de tentative de coup d’État”, rappelle L’Observateur paalga.
De retour au Sénégal en 1976, après une échappée auprès d’organisations internationales, Cheikh Hamidou Kane reprend ses fonctions au service de son pays, en tant que ministre, mais aussi sa plume, pour ausculter cette fois les indépendances.
Son roman Les Gardiens du temple est publié chez Stock en 1995. “Le temps avait passé, mais les interrogations demeuraient : la mémoire, la transmission, les transformations de la société, les fidélités et les ruptures”, relate encore Le Soleil.
À la retraite, l’homme était engagé dans la promotion et l’héritage de la culture peule et présidait l’ONG Enda Tiers-Monde. En 2023, rappelle également Afrik.com, le président Macky Sall avait donné son nom à l’Université virtuelle du Sénégal.
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