Alors que le chaos du siècle nourrit souvent la sidération et le silence, deux voix se sont élevées, au cours des dernières semaines, pour défendre des valeurs régulièrement mises au rebut. Qu’elles soient celles d’un roi et d’un pape, tous deux septuagénaires, n’est pas le moins surprenant.
Avant le 28 avril, le dernier souverain britannique à s’être adressé aux Américains avait été George III (1738-1820). Ou plus précisément son incarnation dans la comédie musicale Hamilton, qui retrace la vie du premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis, et dont la première représentation avait été donnée en 2015. Après avoir assuré initialement à de mauvais sujets américains décidés à prendre leur indépendance qu’ils reviendraient vite à la raison, ce George III de fiction se résignait à l’enracinement de cette jeune démocratie. Il s’affligeait notamment que George Washington (1732-1799) ait quitté de son plein gré la présidence de la république naissante à l’expiration de son second mandat au lieu de s’accrocher au pouvoir comme tout le monde.
Quelques semaines avant le début des festivités prévues pour célébrer les 250 ans d’indépendance du pays, que le président américain, Donald Trump, devrait écraser d’une royale omniprésence, l’affable et subtil rappel des principes démocratiques par le lointain descendant de George III, devant les deux chambres du Congrès réunies pour la circonstance, a eu une exquise saveur. Le 28 avril, Charles III a en effet rappelé que l’« Etat de droit », défini comme « la certitude de règles stables et accessibles, un pouvoir judiciaire indépendant chargé de régler les litiges et de rendre une justice impartiale », n’était pas seulement crucial pour la liberté et l’égalité, mais également indispensable pour garantir la prospérité d’un pays.
Révolution anthropologique
Il s’exprimait sous les regards compassés du vice-président, J. D. Vance, qui préside également le Sénat, et du speaker de la Chambre des représentants, Mike Johnson. Comme la quasi-totalité du Parti républicain, l’un comme l’autre assistent pourtant, avec une passivité qui se confond avec l’assentiment, à la brutalisation des institutions par celui qui a prêté serment à deux reprises de les défendre.
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