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Le savant boucan de Gilla Band

Groupe ultra influent de la scène rock anglo-saxonne, le quatuor irlandais d’avant-garde sort son quatrième album, “Pugnello”, le 25 septembre. Son mélange de bruit blanc et de techno au groove irrésistible y fait à nouveau merveille, souligne, emballée, la critique musique du “Guardia

Le savant boucan de Gilla Band
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Musique. Le savant boucan de Gilla Band

“Il serait tentant de dire que le groupe irlandais Gilla Band s’est discrètement imposé comme l’un des groupes de rock alternatif les plus innovants du moment. Mais leur musique n’a absolument rien de discret : elle s’inspire autant de l’électronique d’avant-garde extrême que du punk.”

Laura Snapes, la cheffe adjointe du service musique du Guardian, a tout à fait emballé l’affaire pour présenter Pugnello, quatrième album qui sort le 25 septembre : Gilla Band est une pépite qui se mérite.

Depuis son surgissement, en 2012, le quatuor a choisi de se tenir à l’écart des modes pour creuser son propre sillon têtu, au croisement du bruit blanc et de la techno, fabriquant une noise irrésistible tout en groove chaloupé.

La journaliste du quotidien britannique a longuement interrogé le groupe pour le site américain spécialisé Pitchfork.

Et s’interroge : “Comment un groupe irlandais déjanté et sans tabou a-t-il réussi à créer l’une des palettes sonores les plus influentes de l’indie rock ?”

Pour le dire autrement : de Fontaines DC (qui s’est formé après les avoir vus en concert) à Idles ou Dry Cleaning, de Lankum à The Horrors, c’est tout une scène rock qui souligne à longueur d’interviews l’influence de Gilla Band.

Mais de quoi parle-t-on ?

Dara Kiely (chant), Alan Duggan Borges (guitare), Daniel Fox (basse) et Adam Faulkner (batterie) ont eu une carrière heurtée.

Sensation immédiate après leur premier EP (France 98) puis une extraordinaire reprise du hit techno de Blawan (Why They Hide Their Bodies Under My Garage ?), le groupe est contraint de cesser toute activité au printemps 2014, après une crise psychotique du chanteur qui lui vaut un long internement.

Après plusieurs années de silence et un changement de nom (à l’origine, le groupe s’appelait Girl Band), Most Normal (2022) les réinstalle au pinacle du rock qui invente et expérimente.

Précurseur du mouvement sprechgesang (Dry Cleaning, Yard Act…), à rebours d’une scène noise qui se noie souvent dans un magma sonore spectaculaire mais casse-oreille, Gilla Band ondoie, en pleine maîtrise, au milieu des larsens et des beats métronomiques.

Ce nouvel album, Pugnello, “donne à la fois l’impression d’être dans une rave et de subir un sacrifice dans un réacteur d’avion. Il est si intense… C’est le genre de disque qui fait de vous un Godzilla haut de 100 mètres”, tranche Laura Snapes sur Pitchfork.

Et puis, il y a les textes, scandés d’une voix blanche – ou… hurlés.

Un cut-up de nonsense, de souvenirs d’enfance, de commentaires sur la société, avec en creux des allusions à la schizophrénie du chanteur, récemment diagnostiquée.

“C’est une poésie étrange,drôle et empreinte de pathos :un mélange de banalitéet de grotesque, parseméde nombreuses référencesaux chips et aux secretsde la culture pop.”

La critique britannique Laura Snapes sur le site américain spécialisé Pitchfork

Des exemples ?

“Oh Joseph… / Il a perdu tout son pétillant / En fait, je l’aime bien sans bulles”, “Souvent j’imagine ce que ça me ferait d’être comptable / Une structure stable, une routine et un but / Ce genre de vie serait tellement parfait / Surtout parce que je suis schizophrène” (Alogia) ; “Frotte-toi les mains comme le ferait une mouche” (The Megazord)…

Sans parler de tout un tas de sentences ironiques : “Où vas-tu quand on te dit d’aller te faire foutre ?” (Jacobsons) ; “Qui a donné leur nom à tous les mots ?” (Crisp Pop).

Comme l’écrit le magazine anglais Still Listening, ce nouvel album “est la bande-son parfaite pour accompagner un effondrement total comme une intervention divine, oscillant sans cesse entre un bruit assourdissant et des paysages sonores plus abstraits”.

Sans compte que l’expérience scénique est totale. On ne saurait trop recommander d’aller (re) découvrir le groupe sur scène au Trabendo, à Paris, le 20 janvier, et au Grand Mix de Tourcoing, le 22.—

Matthieu Recarte
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