Dans le roman de Hans Fallada intitulé Seul dans Berlin, publié à titre posthume en 1947 [traduit en France en 1967 et réédité chez Denoël en 2014], des parents allemands apprennent avec stupéfaction la mort au combat de leur fils Otto, qui avait pleuré au moment de rejoindre les rangs de l’armée hitlérienne.

Éperdus de chagrin et contraints au silence, ils décident d’agir, de résister. Anna, la mère du garçon, envisage un geste d’éclat, comme une tentative d’assassinat contre le Führer. Le père, un homme laconique qui porte lui aussi le prénom d’“Otto”, a une autre idée, plus prudente : écrire anonymement des messages antirégime sur des cartes postales qu’ils laisseront dans des lieux publics.

“Ce que tu veux faire, Otto, n’est-ce pas un peu vain ?” demande Anna.

L’auteur, qui a fondé son roman sur la vie d’un vrai couple de la classe ouvrière ayant résisté à Hitler par des moyens à la fois anonymes et publics, lui répond de la manière suivante :

“Chacun selon ses forces et ses aptitudes : le principal était de résister.”

Un art de la protestation

Le roman de Hans Fallada anticipait des formes de protestation artistique qui n’ont cessé de gagner en importance depuis : le graffiti, la guérilla artistique, l’art urbain, l’art postal, les flashmobs et autres happenings spontanés q