Tendance. Le “whimsy”, ou comment mettre des paillettes dans son quotidien
“Il y a deux ans, la tendance était au brat summer. En 2026, l’été sera whimsy”, annonce le magazine américain The Week, qui voit fleurir ce terme sur les réseaux.
Mettre du whimsy dans son quotidien, c’est y apporter de la fantaisie, une petite touche de magie. En cultivant des activités simples, en réenchantant des rituels quotidiens ou en agrémentant son chez-soi d’objets colorés ou amusants.
Annebeth, par exemple, raconte à De Morgen qu’elle aime se lancer dans une peinture d’après une photo de vacances et plonger dans un état de “flow” où elle oublie le monde extérieur, et peu importe que le résultat de l’activité soit utile ou parfait.
“C’est une forme d’abandon de soi que l’on ressent souvent en tant qu’enfant, et plus rarement une fois devenu adulte”, explique-t-elle au journal flamand.
Zoë, 30 ans, a cessé de peindre son appartement en beige et opte désormais pour des meubles, des murs, des vêtements colorés, comme autant de notes de joie dans sa vie.
“Quand j’ai euune mauvaise journéeau travail, j’allumedes bougies et, tandis queje fais la vaisselle,je mets une musiquequi me touche.J’essaie de voirde la beauté mêmedans les momentsternes.”
Zoë, 30 ans, dans le quotidien belge De Morgen
Dans la même veine, on peut prendre plaisir à “envoyer des cartes postales ou à s’adonner à des activités qui plairaient à un enfant de 10 ans”, ajoute The New York Times. Ironique, le quotidien américain prévient pourtant : “Le style whimsy est à deux doigts du kitsch.”
Être whimsy – ou plutôt whimsical, pour user de l’adjectif –, c’est “regarder la vie avec positivité et enthousiasme”, résume De Morgen pour qui, au-delà d’une énième trend TikTok, c’est “un signe des temps”.
“Nous vivons une époque de l’efficacité à tout prix, où même les loisirs deviennent un projet avec un objectif”, observe la psychologue Katrien Koolen auprès du journal belge.
Or, “les plus belles choses dans la vie sont totalement inutiles”, note-t-elle.
Dès lors, “il peut être parfaitement salutaire de s’adonner à des activités sans but concret, comme de mettre des paillettes dans son café.”
The New York Times va un cran plus loin.
On peut voir le whimsy comme “une réponse à l’accumulation des sources d’angoisse devant une économie inquiétante, la multiplication des guerres et une présidence [américaine] imprévisible, analyse le journal new-yorkais. Pour certains, adopter cette petite attitude excentrique permet de retrouver un peu de contrôle dans une époque incertaine.”
Et c’est bien ce qui en ferait un signe des temps.
“On ne peut pas contrôlerce que font nos dirigeants.En revanche, on peut avoirdu contrôle sur le mugqu’on choisira d’acheter,sur la tenue mignonnequ’on va porter et surla charmante routinematinale qu’on adoptera.”
Une jeune podcasteuse s’exprime dans le New York Times
Pour le professeur de psychiatrie Nassir Ghaemi, la tendance whimsy (bien qu’elle soit promue en ligne) est aussi une réponse aux travers de la sociabilité numérique.
Avec le recul, explique-t-il au même journal, “les milléniaux et la génération Z se sont aperçus que beaucoup de ces interactions sont factices. Ils sont donc à la recherche d’échanges plus authentiques et remarquent que les activités hors ligne sont une manière d’y parvenir”.
Le succès de la vague whimsy n’est cependant pas dénué d’ironie.
Sur Instagram, TikTok ou Etsy, elle prend certes la forme d’activités simples, mais aussi d’objets qu’il s’agirait d’acquérir pour agrémenter son salon ou sa garde-robe, afin d’en faire un #DopamineDécor ou un #DopamineDressing.
Résultat : si le whimsy est “une réponse ludique à un monde difficile”, écrit le New York Times, on peut aussi regretter qu’il constitue “une version mignonne du capitalisme”.—
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