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Léon XIV : discours de réception de la Liberty Medal

Le pape Léon XIV a prononcé un message solennel à la veille du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, à l’occasion de la remise à distance de la Liberty Medal 2026 par le National Constitution Center de Philadelphie. Premier pape américain de l’histoire, Robert Prevost —

Le pape Léon XIV a prononcé un message solennel à la veille du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, à l’occasion de la remise à distance de la Liberty Medal 2026 par le National Constitution Center de Philadelphie.

Premier pape américain de l’histoire, Robert Prevost — devenu Léon XIV en 2025 — a saisi l’occasion pour appeler son pays d’origine à retrouver les idéaux fondateurs de dignité humaine, de liberté et d’unité.

Nous en publions le texte intégral avec un commentaire paragraphe par paragraphe de Jean-Baptiste Noé.

Texte du pape Léon XIV

Chers amis,

C’est pour moi un honneur d’accepter la Liberty Medal décernée par le National Constitution Center en cette année qui marque le 250e anniversaire de la fondation des États-Unis d’Amérique, avec la signature de la Déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776. À la veille de cet événement mémorable, j’adresse mes salutations chaleureuses à toutes les personnes réunies au National Constitution Center de Philadelphie. En tant que fils de ce grand pays, fondé par des hommes et des femmes courageux qui rêvaient de liberté et d’une vie meilleure pour eux-mêmes et pour leurs enfants, je m’unis à vous pour demander à Dieu de bénir l’avenir de l’Amérique, afin que les nobles idéaux consacrés au début de la Déclaration d’indépendance puissent continuer à guider l’épanouissement de la nation dans l’unité, la justice et la paix.

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

Rappel du texte majeur qu’est la Déclaration d’indépendance. Avec la Constitution, ce sont des textes fondateurs des États-Unis mais aussi de la mentalité américaine. En quelque sorte, l’arche d’alliance du nouveau pays. Les débats politiques américains, qu’ils soient portés par les républicains ou par les démocrates, trouvent leur origine et leur inspiration dans ces deux textes fondateurs, qui sont issus des Lumières européennes.

Rappel des trois aspects fondamentaux des États-Unis : « l’unité, la justice et la paix ». Unité, car ce sont bien des États qui se sont unis. Justice, car la déclaration d’indépendance est fondée sur le refus de l’arbitraire et la volonté de fonder un pays de justice. Paix, même si les États-Unis ont connu les affres de la guerre civile et que le pays est toujours traversé par des dissensions intérieures.

Texte du pape Léon XIV

Dès notre jeunesse, la plupart d’entre nous ont admiré l’éloquence de ces mots, avec leur appel retentissant à la loi de la nature et au Dieu de la nature comme fondement de leur affirmation selon laquelle tous les hommes et toutes les femmes sont créés égaux et dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, notamment le droit à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur.

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

« La loi de la nature » ici évoquée est ce que l’on nomme « la loi naturelle », c’est-à-dire l’idée que les êtres humains ont des droits, indépendamment de leur culture, de leur histoire et de leur religion. Ils ont des droits parce que ce sont des êtres humains. Notamment l’égalité juridique. Léon XIV évoque « le droit à la vie », qui est un élément qui revient régulièrement dans ses prises de position. La vie dès la conception mais aussi jusqu’à la mort naturelle.

« La poursuite du bonheur » est un concept essentiel, repris de la constitution américaine. Ici, Léon XIV reprend cette idée politique pour en faire un concept de théologie catholique : les hommes ont le droit au bonheur, qui passe par le respect de leur vie, leur égalité et leur liberté.

Texte du pape Léon XIV

Bien qu’exprimée dans le langage des Lumières, cette affirmation repose en définitive sur une conception de la personne humaine inspirée par la grande vision biblique selon laquelle l’homme et la femme ont été créés à l’image divine. C’est en effet là que nous découvrons le fondement de la dignité humaine ; une dignité qui précède la création de tout État et dont la sauvegarde constitue sa raison d’être même.

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

L’idée que la grandeur de l’homme précède « la création de tout État » est une reprise de ce que Léon XIII disait déjà dans son encyclique Rerum novarum : l’État est postérieur à l’homme. Il y a d’abord l’être humain, avec sa dignité naturelle, sa spécificité, et ensuite l’État. Ce qui est aussi le fondement de la pensée libérale.

« La personne humaine inspirée par la grande vision biblique selon laquelle l’homme et la femme ont été créés à l’image divine » : c’est ici une reprise du texte de la Genèse, qui rappelle l’origine de la création de l’homme. Si l’homme est créé à l’image de Dieu, alors celui-ci a des droits inaliénables. Cette idée que l’homme est créé à l’image de Dieu distingue la théologie catholique des religions et fonde la pensée sociale et anthropologique de l’Église.

« La sauvegarde constitue sa raison d’être même » : le but est de sauver l’homme, pas l’État. L’État est un moyen, ce n’est pas une fin. La fin est la personne humaine et l’État est à son service. Avec cette phrase, Léon XIV montre tout ce qui distingue la philosophie chrétienne d’auteurs qui voient dans l’État la source de toute chose et la finalité de la politique.

Texte du pape Léon XIV

Au cours de ces deux cent cinquante dernières années, pour tant de peuples à travers le monde, c’est la ferme résolution de concrétiser la noble vision des fondateurs de la nation qui a fait de l’Amérique un symbole de liberté, alors que le pays ouvrait ses portes à des vagues successives d’immigrants, leur permettant, ainsi qu’à leurs enfants, de jouer leur rôle dans la construction de l’avenir de la nation. C’est ce même amour de la liberté qui a inspiré les États-Unis, dans les heures les plus sombres du siècle dernier, à l’époque des deux guerres mondiales, à regarder au-delà d’eux-mêmes et, au prix de grands sacrifices, à défendre la cause de la liberté au-delà de leurs propres frontières.

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

Rappel de l’histoire des États-Unis : une nation fondée sur les vagues migratoires, dont la famille de l’actuel pape ; et un pape qui a mené des guerres pour défendre la liberté et pour venir en aide aux pays d’Europe. L’histoire des États-Unis est fondée sur une double générosité : l’accueil des migrants, qui sont venus pour bâtir le pays et pour adhérer à sa théologie politique, et la défense de la démocratie et de la liberté.

Texte du pape Léon XIV

Comme chaque Américain le sait toutefois, le chemin vers la construction d’une société incarnant ces grands idéaux de liberté et de justice pour tous n’a pas toujours été facile et, à bien des égards, reste un travail en cours. En effet, l’effort visant à concrétiser cette vision doit être renouvelé à chaque génération et face à des défis sans cesse renouvelés. Aujourd’hui, alors que nous nous tournons vers l’avenir, cet anniversaire historique nous offre l’occasion de réfléchir une nouvelle fois aux principes fondateurs de la nation, dans l’espoir que l’Amérique reste toujours fidèle au rêve qui lui a valu le titre de « terre de liberté » et de « patrie des braves ».

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

Un message directement adressé aux Américains pour qu’ils restent fidèles aux idéaux de leur pays et de leur histoire. « Terre de liberté », « patrie des braves » renvoient aux grands idéaux de l’histoire américaine et à l’imaginaire collectif américain.

« Land of the Free, Home of the Brave ». Les deux formules viennent du dernier vers de l’hymne national américain, The Star-Spangled Banner, écrit par Francis Scott Key en septembre 1814. Le vers exact est : « O’er the land of the free and the home of the brave ; soit en traduction : « Sur la terre des hommes libres et la patrie des braves ».

Francis Scott Key, avocat et poète amateur, écrit ce texte en observant depuis un navire britannique le bombardement du fort McHenry à Baltimore pendant la guerre anglo-américaine de 1812. Au matin du 14 septembre 1814, il voit avec émotion le drapeau américain flotter encore au-dessus du fort après une nuit de bombardement, signe que la garnison n’a pas capitulé. C’est ce moment qu’il immortalise dans le poème. Le texte est mis en musique sur un air anglais existant (une chanson à boire) et devient officiellement l’hymne national des États-Unis en 1931, sous Herbert Hoover. Ces deux formules sont chantées par tous les Américains lors des cérémonies officielles, des événements sportifs, des levers de drapeau à l’école. Elles sont probablement, avec « We the People » de la Constitution, les mots les plus connus de tout Américain.

En reprenant ces formules dans son discours pour le 250e anniversaire, Léon XIV fait plusieurs choses en même temps :

Il s’adresse aux Américains dans leur langue symbolique —dans le vocabulaire de leur propre récit national. C’est un geste d’intimité culturelle rendu possible parce qu’il est lui-même Américain.

Il s’approprie l’hymne national — geste rare et fort, qui affirme que le catholicisme et la citoyenneté américaine ne s’opposent pas mais se rencontrent. C’est une réponse implicite à ceux qui, dans une tradition américaine encore vivante, ont longtemps considéré le catholicisme comme incompatible avec la démocratie américaine (le fameux « anti-Catholicism » du XIXe siècle).

Il renvoie l’Amérique à sa propre définition d’elle-même — comme « terre des hommes libres » et « patrie des braves ». Le sous-entendu est puissant : « êtes-vous encore fidèles à ce que vous chantez ? ». C’est une interpellation morale sous les habits d’un compliment.

Texte du pape Léon XIV

Le premier droit consacré par les fondateurs de la nation fut le droit à la vie, car nul ne peut jouir de la liberté ni rechercher le bonheur s’il est privé de vie. La vitalité d’un pays est profondément liée à la valeur qu’il accorde à la vie humaine sous toutes ses formes et dans toutes ses conditions, en reconnaissant la dignité dont chaque personne humaine est investie du simple fait de son existence. La valeur intrinsèque de toute vie humaine a conduit les cœurs nobles de générations successives à louer les œuvres merveilleuses du Créateur (cf. Ps 139, 14) et à se tenir dans le respect devant un don si précieux.

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

Le pape revient sur le droit fondamental à la vie, qui est un thème structurant de la vie politique américaine. L’opposition à l’avortement et à l’euthanasie mais aussi la vie sociale, c’est-à-dire l’éducation, la culture, la prospérité.

Texte du pape Léon XIV

En effet, c’est précisément ce respect que nous devons continuer à cultiver — un respect qui touche le cœur des individus et inspire des lois qui reconnaissent et protègent ce don, depuis le moment de la conception jusqu’à la mort naturelle. La révérence nous aidera également à découvrir que nous sommes les gardiens et les intendants de ceux qui nous sont confiés. À cet égard, la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à soutenir, protéger et chérir la vie de tous, en particulier celle des plus vulnérables et de ceux dont la valeur est remise en question.

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

« Nous sommes les gardiens et les intendants de ceux qui nous sont confiés ». Il s’agit ici d’une double référence biblique.

La référence à la Genèse : les gardiens

Le mot « gardien » renvoie à la première scène de la Bible. Dans la Genèse (2, 15), Dieu place Adam dans le jardin d’Éden « pour le cultiver et le garder ». En hébreu, le verbe est shamar : garder, veiller, protéger. C’est le premier commandement donné à l’homme : être gardien de la Création.

Cette notion de garde est ensuite reprise dans un contexte encore plus fort, celui de Caïn. Quand Dieu demande à Caïn où est son frère Abel qu’il vient de tuer, Caïn répond : « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse 4, 9). La question est célèbre parce qu’elle est la première interrogation morale de la Bible sur la responsabilité envers autrui. Et la réponse implicite de tout le texte biblique est : oui, tu l’es. Chaque homme est le gardien de son frère.

En employant le mot « gardiens », Léon XIV convoque donc simultanément la responsabilité envers la Création et la responsabilité envers le prochain, les deux gardes bibliques fondamentales.

La référence à l’Évangile : les intendants

Le mot « intendants » vient d’une autre tradition, celle des paraboles de Jésus. Le terme grec est oikonomos : l’intendant de la maison, celui qui gère les biens qui ne lui appartiennent pas mais qui lui sont confiés.

C’est notamment le sujet de la parabole des talents (Matthieu 25, 14-30) et de la parabole de l’intendant fidèle (Luc 12, 42-48 et Luc 16, 1-13). Dans ces textes, Jésus enseigne que nous ne sommes pas propriétaires de nos biens, de nos dons ou de ceux qui nous entourent ; nous en sommes seulement les administrateurs temporaires, comptables devant Dieu de la façon dont nous en avons pris soin.

La formule de Luc est particulièrement célèbre : « Celui qui est fidèle dans le plus petit est aussi fidèle dans le grand. »

Le fait de coupler les deux : une théologie précise

En employant côte à côte « gardiens » et « intendants », Léon XIV articule ces deux traditions :

Gardien (shamar biblique) — sens de protection, de veille, de responsabilité active. C’est un rôle défensif : empêcher que le mal advienne à ce qui est confié.

Intendant (oikonomos évangélique) — sens de gestion, d’administration, de mise en valeur. C’est un rôle actif : faire fructifier ce qui est confié, en rendre compte.

Ensemble, les deux mots forment une théologie complète de la responsabilité : nous ne possédons rien en propre, tout nous est confié, et nous devons à la fois protéger (gardiens) et faire fructifier (intendants) ce qui nous est remis.

Cette notion est aujourd’hui structurante dans la doctrine sociale et environnementale de l’Église catholique. Elle est au cœur de l’encyclique Laudato Si’ de François (2015) sur la sauvegarde de la Création, où l’homme est décrit comme « gardien et intendant » de la nature, contre une vision purement propriétaire et exploitante.

En reprenant cette formule, Léon XIV s’inscrit dans la continuité de François et pose une exigence morale sur la manière dont l’Amérique traite ce qui lui a été confié : sa terre, ses institutions, ses migrants, ses pauvres.

Texte du pape Léon XIV

Après le droit à la vie, la liberté a été et reste prééminente parmi les principes vénérés par les hommes et les femmes qui ont cherché, à l’intérieur des frontières de cette nation, un nouveau départ, l’assimilant souvent à un espoir jusque-là inimaginable. Bien qu’elle soit souvent comprise comme la capacité d’agir comme on le souhaite, la liberté authentique est bien plus profonde. Elle repose sur la capacité de la personne humaine à connaître la vérité et à adhérer au bien, même au prix de grands sacrifices — un sacrifice bien connu de nombreux de ceux qui ont œuvré pour façonner ce pays. Le désir de vérité et de liberté, ainsi que la quête même du bonheur, continuent d’inspirer les personnes de toutes les générations à se poser des questions fondamentales sur le sens de la vie, notre finalité ultime, et même sur Dieu ; il est de bon ton que les cœurs magnanimes s’efforcent de répondre à ces questions avec sincérité.

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

Léon XIV lie ici la vérité et la liberté, les deux allant de pair. Cela renvoie à une autre encyclique de Léon XIII, celle sur la liberté (Libertas, 1888), où le pape Pecci rappelle que la liberté n’existe que dans la recherche de la vérité. Ce qui est notamment le cas pour la liberté de la presse, qui ne consiste pas à dire tout ce que l’on veut, mais qui est un outil (la liberté) pour trouver une fin (la vérité). L’articulation entre liberté et vérité demeure fondamentale dans la théologique catholique.

Texte du pape Léon XIV

Ces réponses déterminent inévitablement l’orientation que nous cherchons à donner à nos vies, et l’Amérique défend depuis longtemps la liberté religieuse nécessaire pour suivre de manière responsable les dictats de la conscience à cet égard, à l’abri de la peur et de la contrainte, comme le consacre le premier amendement de la Constitution des États-Unis.

C’est cette liberté qui consacre comme sacrée la sphère intérieure de la personne, là où se forment les convictions et où la conscience peut guider les décisions prises dans l’intimité du cœur humain. Cette même liberté garantit également le droit de chacun à pratiquer sa religion selon ses propres convictions, ainsi que celui des individus, des communautés et des associations d’exprimer publiquement leur foi. En effet, la liberté religieuse a donné naissance à la tradition américaine consistant à favoriser le dialogue interconfessionnel et la coopération interreligieuse afin de promouvoir le bien commun et d’enrichir les débats sur les grandes questions morales et éthiques auxquelles la nation a été confrontée et qui ont façonné le cours de son histoire. J’espère que cette tradition continuera à porter ses fruits dans un débat public marqué par la modération, le respect des opinions d’autrui et un effort constant pour trouver un terrain d’entente dans la promotion de la cause de la paix et de la réconciliation, tant au niveau national qu’à l’étranger.

Commentaire — Jean-Baptiste Noé

Ici, Léon XIV fait une référence directe et précise au premier amendement de la Constitution américaine, l’un des textes fondateurs et les plus vénérés de la culture politique américaine.

Adopté en 1791 dans le cadre du Bill of Rights (les dix premiers amendements), il stipule dans sa version originale : « Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof… » Traduction : « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l’établissement d’une religion, ou qui en interdise le libre exercice… »

Ce passage a structuré toute la tradition américaine de la liberté religieuse.

Le premier amendement pose en réalité deux principes qui se complètent :

L’Establishment Clause — l’État ne peut établir une religion officielle. Aucune Église d’État, pas de religion imposée par le pouvoir politique. C’est la séparation, à l’américaine.

La Free Exercise Clause — chacun peut librement pratiquer sa religion, sans restriction de l’État. C’est la protection positive de la conscience religieuse.

Ces deux clauses forment un équilibre unique dans le monde occidental. C’est n’est ni la laïcité française (l’État se déclare au-dessus des personnes et cantonne le religieux à la sphère privée), ni le modèle britannique (une Église d’État établie). Le modèle américain est celui d’un État sans religion officielle qui, pour cette raison même, protège vigoureusement toutes les expressions religieuses dans l’espace public.

En invoquant explicitement le Premier Amendement, le pape fait plusieurs gestes politiques et théologiques en même temps.

Il valide le modèle américain, ce qui est une position historiquement délicate pour l’Église catholique. Au XIXe siècle, Rome regardait avec méfiance la séparation américaine, considérée comme trop libérale. Ce n’est qu’avec le père jésuite John Courtney Murray dans les années 1950-1960 que la théologie catholique a pleinement intégré ce modèle. Murray a été l’un des principaux inspirateurs de la déclaration Dignitatis Humanae de Vatican II (1965) sur la liberté religieuse. Léon XIV s’inscrit dans cette filiation.

Il fait de la « liberté de conscience » un principe universel. Pas seulement une particularité américaine, mais un droit humain fondamental. Cela renvoie à Dignitatis Humanae et à toute la doctrine de l’Église sur la dignité de la personne humaine.

Il ancre son discours dans le droit constitutionnel américain, ce qui est un geste rhétorique fort. Un pape qui cite non seulement la Bible et l’hymne national, mais aussi la Constitution, s’adresse aux Américains dans les trois registres qui définissent leur identité collective : religieux, patriotique et juridique.

« À l’abri de la peur et de la contrainte » est une formule qui n’est pas anodine

L’expression « free from fear and coercion » est un vocabulaire précis de la doctrine catholique. Elle vient directement de Dignitatis Humanae, qui affirme que la liberté religieuse doit s’exercer « sans contrainte » (« immunes a coercitione »).

Mais elle a aussi une résonance politique contemporaine. Elle renvoie implicitement aux quatre libertés de Roosevelt (1941) : liberté de parole, liberté de culte, freedom from want, freedom from fear. Ces quatre libertés sont devenues le socle de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. En les convoquant, Léon XIV inscrit son propos dans la tradition libérale-démocratique américaine du XXe siècle.

En 2026, cette référence à la liberté religieuse et à la Constitution prend un relief particulier. Aux États-Unis, plusieurs débats agitent la question :

Les catholiques conservateurs proches du mouvement MAGA cherchent à faire évoluer l’interprétation du premier amendement dans un sens plus favorable à l’expression publique du christianisme (affichage des Dix Commandements dans les écoles, prière dans les lieux publics, financement public des écoles religieuses).

Les catholiques traditionnels militent pour une lecture « intégraliste » qui remettrait en cause l’Establishment Clause et rétablirait la préférence pour le christianisme dans l’ordre politique.

Les catholiques libéraux défendent au contraire la stricte séparation.

Léon XIV, en citant le premier amendement dans les deux dimensions (établissement et libre exercice), semble adopter une position équilibrée, ni intégraliste, ni séculariste. Il défend la liberté religieuse comme protection de la conscience, pas comme préférence pour une religion.

Texte du pape Léon XIV

Les pères fondateurs de ce pays, des hommes et des femmes d’origines, de religions et de langues diverses, ont su trouver ce terrain d’entente et la force nécessaire pour œuvrer à un avenir meilleur. Les principes qui ont inspiré les fondateurs de l’Amérique, ancrés qu’ils sont dans la vérité de la personne humaine, les ont rassemblés autour d’une cause unique, d’un rêve commun. L’unité a donné de la force à ce rêve, donnant naissance, sous l’égide de Dieu, aux États-Unis d’Amérique. E pluribus unum — de plusieurs, un. Pour qu’une nation s’épanouisse, elle doit être véritablement unie ; unie non pas par des objectifs liés à des efforts passagers, mais par des idéaux qui ne s’estompent pas avec le temps. Puissent les principes sur lesquels nous avons médité aujourd’hui — la dignité humaine partagée, l’égalité et les droits énoncés dans la Déclaration d’indépendance — être à jamais une source d’une telle unité et un phare pour le présent et pour les années à venir.

En acceptant ce prix, je prie donc pour que ce 250e anniversaire de la fondation de cette grande nation soit l’occasion d’un engagement solennel renouvelé envers ces idéaux qui ont fait de l’Amérique un pays attaché à la paix et à la prospérité, un pays caractérisé par la générosité et la noblesse de cœur. Je vous confie tous, ainsi que l’avenir de la Nation, à Celui qui est lui-même la source de la véritable liberté et de la paix durable, Celui dont le nom même est Paix.

Que Dieu bénisse l’Amérique ! Merci !

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