En ouverture des Contes de Canterbury, ouvrage écrit à la fin du XIVe siècle, Geoffrey Chaucer plante le décor en offrant une vue aérienne du paysage anglais : des champs et des bois nourris par les pluies printanières qu’arpentent des pèlerins de retour sur les routes du Kent après un long hiver. Aujourd’hui, c’est en empruntant une autoroute M2 encombrée que je quitte Londres en direction de Canterbury. Une bretelle criblée de nids-de-poule me propulse en pleine campagne aux alentours de Faversham.

Néanmoins, tandis que je mets mes chaussures de marche, c’est la même scène que celle décrite il y a des siècles qui se déroule sous mes yeux : des terres agricoles et des bocages trempés par des averses soudaines, et, au milieu de tout cela, des pèlerins du XXIe siècle en marche vers la ville sainte du Kent. Une manière de faire sortir le pèlerinage britannique d’un long hiver d’oubli.

“Pendant un pèlerinage, on voit le monde d’un autre œil, affirme Andrew Kelly, l’accompagnateur. On baisse sa garde. Il arrive que des pèlerins se confient sur leur vie moins de cinq minutes après que l’on a fait connaissance.” Le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui prend fin dans la ville galicienne du même nom, attire chaque année des centaines de milliers de pèlerins qui entament leur péri