Dans une déclaration transmise jeudi 10 septembre, les Emirats arabes unis annoncent investir un total de 40 milliards d’euros dans des projets en Allemagne, notamment pour développer de nouveaux centres de données.
A l’occasion de sa visite en Allemagne, la première pour un chef d’Etat de son pays, le président émirati, Mohammed Ben Zayed Al Nahyane, a salué avec le chancelier allemand, Friedrich Merz, « l’annonce [de ce] programme d’investissement émirien en Allemagne » comprenant notamment « des investissements dans les infrastructures numériques avancées, y compris le développement de nouveaux centres de données de pointe d’une capacité d’environ 1 gigawatt », affirment-ils dans la déclaration commune.
Les deux dirigeants ont également annoncé la création d’un « conseil d’investissement » binational, « conçu comme une plateforme visant à promouvoir les investissements et à renforcer les échanges entre les secteurs public et privé ». Ils ont également chapeauté la signature de 29 protocoles d’accord et de contrats entre des entreprises des deux pays, pour une valeur approchant les 9,5 milliards d’euros, « illustrant la profondeur croissante de la coopération entre les secteurs privés des deux pays ».
Premier partenaire de l’Allemagne dans le Golfe
Le Golfe, dont les pétromonarchies cherchent à diversifier leurs investissements, est une source essentielle de capitaux pour l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Cet investissement supplémentaire de 40 milliards d’euros en Allemagne, qui s’ajoutent à un socle de 34 milliards déjà investis dans ce pays, selon le ministre de l’industrie émirati, Sultan Ahmed Al-Jaber, va permettre aux Emirats de bénéficier des « compétences allemandes » et de « renforcer » leurs « capacités dans des secteurs stratégiques, et de développer des entreprises capables de servir les marchés en croissance dans le Golfe, en Asie et en Afrique », a déclaré le représentant du gouvernement émirati dans un communiqué séparé.
Cette visite historique intervient alors que la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran continue de déstabiliser la région du Golfe. En visite en février, avant l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le chancelier allemand avait souligné l’urgente nécessité de « tels partenariats à une époque où les grandes puissances déterminent de plus en plus la politique ».
Les Emirats sont le premier partenaire commercial de l’Allemagne dans le Golfe, avec des échanges bilatéraux dépassant 15 milliards de dollars (près de 13 milliards d’euros) en 2025, en hausse de 14 %, et de nombreuses grandes entreprises allemandes y sont présentes, dont BMW, Siemens, ThyssenKrupp et Deutsche Bahn. Les Émirats ont de leur côté déjà investi en masse dans l’industrie chimique et l’éolien en mer allemand. Lors de la visite de M. Merz en février, le géant énergétique allemand RWE et la compagnie pétrolière nationale d’Abou Dhabi, Adnoc, avaient signé un protocole d’accord sur des importations de gaz non liquéfié (GNL) pour la prochaine décennie.
L’Allemagne, première économie de l’UE, soutient des négociations en vue d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les Émirats qui « apportera des avantages économiques aux deux parties », réaffirment jeudi les deux dirigeants.
Human Rights Watch a regretté mercredi que les droits humains soient relégués au second plan de cette visite, soulignant le soutien présumé d’Abou Dhabi à des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) dans le conflit au Soudan. Les dirigeants allemand et émirati ont « exhorté » jeudi les forces armées soudanaises (SAF) et les FSR à « cesser immédiatement toutes les opérations militaires qui continuent de mettre les civils en danger, y compris les frappes de drones et les entraves à l’accès humanitaire ».