[Cet article a été publié pour la première fois sur notre site le 24 janvier et republié le 24 mai 2026]

Un mardi de février 2025, seul dans une piscine de Caroline du Nord [sur la côte est des États-Unis], un ancien nageur olympique n’a eu besoin que de 20,89 secondes très précisément pour prouver que son programme de dopage sur mesure portait ses fruits. L’homme se sentait plus costaud, plus fort et plus rapide qu’il ne l’avait été de toute sa vie. Le cocktail de produits chimiques qui circulait dans les veines de Kristian Gkolomeev [nageur grec d’origine bulgare] venait de l’aider à pulvériser le record du monde du 50 mètres nage libre.

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Dans toute autre compétition de haut niveau, cette performance survitaminée aurait valu à Gkolomeev d’être disqualifié et banni des bassins. Au lieu de quoi, le nageur a touché le plus gros chèque de sa carrière : 1 million de dollars [860 000 euros]. Évidemment, ce record mondial n’a été reconnu par aucune des hautes instances de la discipline, et n’a pas non plus battu officiellement celui établi par le Brésilien César Cielo en 2009, en 20,91 secondes.

Mais ce n’était pas le but. Les parrains de Gkolomeev, une organisation appelée “Enhanced Games” [littéralement, “Jeux augmentés”], ne cherchaient pas du tout à écrire l’histoire.

Initiative “dangereuse et irresponsable”

Ce que cherchent à faire les Enhanced Games, soutenus par des investisseurs comme le capital-risqueur Peter Thiel [milliardaire libertarien, figure incontournable de la tech américaine] et Donald Trump Jr., c’est à repousser les frontières de la logique et de la physique en s’affranchissant des règles, des règlements et des contrôles antidopage de la compétition traditionnelle. Ils prévoient ainsi d’organiser leurs propres jeux, calqués sur le modèle des Jeux olympiques (JO), à Las Vegas [le 24 mai 2026, avec diverses épreuves de natation, d’athlétisme et d’haltérophilie]. Le tout en s’appuyant sur une sélection de sportifs comprenant notamment le nageur britannique Ben Proud, qui a décroché l’argent aux JO de Paris en 2024, et le sprinteur américain Fred Kerley, multiple champion du monde.

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L’Agence mondiale antidopage (AMA) a jugé l’initiative “dangereuse et irresponsable”. Sebastian Coe, président de [la Fédération internationale d’athlétisme] World Athletics, en a même traité les participants de “crétins”. Les organisateurs soutiennent pour leur part que leur compétition sera plus transparente que les JO traditionnels, et qu’eux rémunèrent enfin les athlètes à la hauteur de leur mérite.

Une proposition sans retour possible

Pour Kristian Gkolomeev, jeune père de 32 ans qui a représenté la Grèce à quatre olympiades d’été [sans jamais monter sur le podium], le dilemme était le suivant : consentir à quatre années supplémentaires de sacrifices pour tenter une dernière fois de décrocher une médaille ou tourner définitivement la page et s’assurer un minimum de sécurité financière. En quatorze ans de carrière chez les pros, il n’a en effet gagné qu’environ 200 000 dollars [170 000 euros].

Au vu du battage médiatique dont fait l’objet le dopage, Gkolomeev savait qu’il n’aurait aucune chance [s’il concourait aux Enhanced Games] de revenir ensuite à la natation telle qu’il l’avait connue. À la fin de 2024, il a tranché ce dilemme moral et décidé de sauter le pas. La proposition qu’on lui avait faite avait totalement rebattu les cartes du sport professionnel à ses yeux. Il avance :

“Pour gagner autant, il m’aurait fallu quelque chose comme cinq ou six carrières.”

L’idée d’une version des JO affranchie des contrôles antidopage, où tout serait permis, où ce serait du chacun pour soi, ne date pas d’hier. Depuis que l’être humain tente d’améliorer ses performances, les expériences de pensée et les débats de comptoir n’ont pas manqué pour tenter de déterminer si les athlètes devaient être autorisés à user de tous les moyens à leur disposition.

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Quelle est la vitesse de pointe d’un humain à la course ? Quelle est la hauteur maximale à laquelle il peut sauter ? Combien de home runs peut-il enchaîner [au base-ball] ? Les arguments philosophiques contre le dopage se focalisent sur l’intégrité du sport et sur l’idée que la performance doit être le fruit de la sueur, de la concentration et du talent, sans béquille chimique potentiellement dangereuse.

Un drôle de modèle économique

Les Enhanced Games ont une tout autre vision de ce que sont des conditions équitables et retournent les tabous à leur avantage. Les coups de pouce technologiques, comme les combinaisons qui améliorent la flottabilité, sont encouragés. Et la consommation sans complexe de produits dopants relève de l’évidence, s’inscrivant dans un vaste mouvement (controversé) qui s’oppose aux discours en vigueur sur l’alimentation, le vieillissement et les besoins de l’organisme. En fait, les produits destinés à améliorer les performances sont même au cœur du projet.

Les Enhanced Games n’ont pas de sponsors privés ni de contrat de diffusion télé. Au lieu de quoi, ils ont assis leur modèle économique sur la vente de programmes d’entraînement et de compléments alimentaires. Le site web de l’organisation propose ainsi trois produits destinés à stimuler la production de testostérone.

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L’avocat et entrepreneur à l’origine du projet est le docteur Aron D’Souza, qui n’est pas médecin comme on pourrait le croire, mais titulaire d’un diplôme d’Oxford et d’un doctorat en philosophie obtenu à l’université de Melbourne. S’il a passé le plus clair de sa carrière dans la tech, c’est sa participation à une bataille juridique de haute volée qui a fait parler de lui aux États-Unis : même si la ligne la plus surprenante de son CV reste encore son mandat de consul honoraire de Moldavie en Australie, l’homme affirme être derrière la stratégie de Peter Thiel dans le procès qui a causé la faillite [du groupe] Gawker Media [Thiel, dont le site people Gawker avait révélé l’homosexualité, a financé le procès ruineux intenté par un ex-catcheur à la publication].

Repousser encore les limites

“Ma came, c’est l’action”, clame D’Souza. En 2023, il a décidé que c’est dans le milieu du sport que les choses se passaient. Il a fondé les Enhanced Games pour remédier à ce qu’il considérait comme une hypocrisie endémique dont les conséquences étaient doubles : une sous-rémunération des athlètes [au motif que l’important, c’est de participer] et un bridage de leur potentiel sous l’effet de la valse des règlements, jugés par ailleurs arbitraires.

“Souvenez-vous de 1896 : quand le baron Pierre de Coubertin invente les JO modernes, la question centrale est alors celle de la ligne de démarcation entre amateurs et professionnels”, rappelle D’Souza, aujourd’hui âgé de 40 ans.

“On considérait quelque part que c’était tricher d’être professionnel. Que c’était une forme de dopage… Il a fallu près d’un siècle pour que cette idée disparaisse des esprits.”

D’Souza parle avec l’assurance de quelqu’un de convaincu qu’il peut se jouer d’à peu près tout – des logiques de marché et des mutations sociales, des problèmes d’efficacité, des révolutions. Son rêve, dit-il, est de bâtir un jour une entreprise qui pèse 1 000 milliards de dollars. Au-delà de cet objectif, il s’estime en mesure de faire émerger de nouveaux modes de vie dans lesquels l’amélioration de la performance serait non pas réservée à l’élite sportive, mais une réalité de chacun au quotidien.

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“Dans dix ans, je pense que l’amélioration des performances par la prise de produits pharmaceutiques ne sera même plus un sujet, prédit D’Souza. Ça sera tellement courant, ça va faire comme l’Ozempic [traitement antiobésité]. Tout le monde en prendra…” Et d’ajouter : “J’aimerais qu’on se souvienne de moi non pas pour avoir mis sur pied les Enhanced Games, mais pour avoir contribué à faire advenir l’ère de l’‘humain augmenté’. Qui aura encore envie d’être un humain 1.0 dans le monde des humains 2.0 ?”

L’égalité des chances, version 2.0

Avant cela, il fallait cependant d’abord créer la natation 2.0.

La première fois que Kristian Gkolomeev a entendu parler des Enhanced Games, c’est dans un podcast dans lequel intervenait Brett Hawke, un entraîneur chevronné. Hawke avait lui-même rejoint le projet après avoir entendu D’Souza dans le podcast de Joe Rogan en 2024. Natif d’Australie [et lui-même ex-nageur olympique], ancien entraîneur de l’équipe de natation d’Auburn [en Alabama, aux États-Unis], Hawke expliquait que, durant ses années à arpenter le bord des bassins, sa plus grande frustration était de voir les athlètes gagner moins d’argent que ce qu’ils méritaient.

“Les nageurs olympiques, ils ont toujours galéré. Les athlètes que j’entraînais, c’étaient les meilleurs du monde, et ils auraient dû être considérés comme tels.”

Kristian Gkolomeev en souffrait tout particulièrement. Au lendemain des JO de Paris, à l’été 2024, il s’est trouvé à un tournant dans sa carrière. Il venait de finir cinquième de la finale du 50 mètres nage libre, en 21,59 secondes. En douze ans, jamais il n’avait approché d’aussi près une médaille olympique. Le podium n’était qu’à trois centièmes de seconde.

La question qui se posait pour lui était de savoir si quatre années supplémentaires d’abnégation et de discipline valaient la perspective de, peut-être, combler cet écart infinitésimal qui le séparait de la gloire. Il n’avait pas de bas de laine, pas d’argent placé, pas de patrimoine. Un jour ou l’autre, il allait bien falloir se reconvertir. Qui plus est, Gkolomeev ne parvenait pas à s’ôter de l’esprit l’idée que les autres nageurs ne jouaient pas selon les mêmes règles que lui.

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Ses soupçons ont d’ailleurs été confirmés [en 2024], quand [une enquête conjointe du New York Times et du groupe télévisuel public allemand ARD] a révélé que 23 nageurs chinois avaient été testés positifs à une substance interdite avant les JO de Tokyo [de 2021], et avaient été blanchis par l’agence chinoise de lutte contre le dopage. “Quand on est athlète, on sent quand il y a anguille sous roche. Je sais très bien que je me suis mesuré à des athlètes qui ne respectaient pas tous les règles de l’AMA… Les mecs touchent des chèques qui auraient sans doute pu revenir à d’autres”, commente Gkolomeev.

“Je me disais sans arrêt : donnez-moi ce que ces mecs-là prennent, et je serai imbattable.”

Devenir une machine

Or c’est exactement ce que proposent les Enhanced Games. Kristian Gkolomeev en a parlé à sa femme, Lindsay, ancienne nageuse de l’université d’Alabama. Et, à l’automne dernier [en 2024], celle-ci a contacté les Enhanced Games.

Peu de temps après, Gkolomeev rencontrait Brett Hawke, et les deux hommes se sont rendu compte qu’ils n’avaient jamais eu autant d’options à leur disposition pour les entraînements. Toutes les certitudes de Hawke sur la charge de travail et le temps de récupération se sont trouvées ébranlées. Il a donc fait des recherches, consulté des médecins et passé des heures à interroger ChatGPT afin de défricher ce nouveau champ des possibles.

Hawke avait déjà obtenu des résultats des plus spectaculaires en travaillant avec le premier nageur des Enhanced Games, un ancien athlète olympique australien du nom de James Magnussen. Celui-ci pouvait désormais s’entraîner six jours par semaine. Au lieu de mettre vingt-quatre heures à récupérer après un entraînement, il n’en mettait plus que douze. Ils poussaient les limites si loin que la barrière n’était plus physique, mais psychologique ou, comme le formule Hawke, “neurologique”. Magnussen était en train de devenir une vraie machine.

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Quand il a commencé à travailler avec Kristian Gkolomeev, Brett Hawke avait ramené son programme à cinq jours par semaine afin d’éviter le surmenage. Même alors, Gkolomeev pouvait faire des séances 20 % plus intensives que pendant sa carrière, avec un temps de récupération éclair, si bien qu’il prévoyait de boucler son programme d’entraînement de douze semaines en seulement six. “Je pense qu’on a beaucoup de marge, observe Hawke. Est-ce qu’il y a seulement une limite ?”

Le plus difficile a été de gérer les réactions du monde extérieur. Dans le milieu de la natation, d’anciens amis et d’anciennes connaissances disaient à Hawke qu’il commettait là une erreur fâcheuse. Il pouvait bien leur parler de microdosage et de surveillance médicale autant qu’il voulait, ses détracteurs, dont l’AMA, martelaient que les Enhanced Games mettaient les athlètes en danger et donnaient un exemple déplorable. Hawke confie :

“J’ai perdu des amis à cause de ça. J’ai perdu des collègues. Même si je n’étais pas naïf au point de penser que ça n’aurait pas de répercussions.”

Se doper avec méthode

Gkolomeev n’en était pas moins prêt à sauter le pas. En novembre 2024, il a décrété qu’il ne ferait pas machine arrière. Pendant plus de dix ans, Gkolomeev avait respecté à la lettre toutes les règles de vie d’un athlète soumis à des contrôles antidopage – le coup de sonnette à 6 heures du matin, les prélèvements d’urine sous surveillance et le traçage de ses déplacements pour permettre aux contrôleurs de le localiser. Tout ça allait désormais appartenir au passé.

Il a contacté les autorités antidopage de l’AMA pour les informer de son choix : Kristian Gkolomeev devait disparaître de leurs radars.

Afin de déterminer quelles substances allaient améliorer ses performances, le nageur devait d’abord savoir sur quels domaines il lui fallait se concentrer. Sous la supervision de son médecin du comté d’Orange, en Californie, il s’est donc soumis à une batterie de tests afin de faire un bilan de son état biologique et athlétique. Ils ont mesuré tout ce qui pouvait l’être – son cœur, sa capacité pulmonaire, sa capacité d’absorption de l’oxygène. C’est comme ça qu’ils ont découvert qu’il avait une marge de progression colossale.

Gkolomeev avait toujours eu l’impression que, quels que soient son régime alimentaire et l’entraînement auquel il se soumettait, il butait sur un plafond quand il essayait de gagner en masse musculaire utile. Il voulait aussi récupérer plus rapidement. Or la chimie apportait une réponse efficace dans les deux cas.

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Gkolomeev a démarré le “protocole”, comme il l’appelle, en début d’année [2025], en microdosant trois substances différentes pendant une courte période, un mélange d’hormones stéroïdiennes, comme la testostérone ou ses dérivés, des régulateurs du métabolisme, et une hormone de croissance approuvée par la FDA [l’agence américaine du médicament]. (Le nageur refuse de révéler le nom précis des produits en question, ne voulant pas encourager les gens à copier son programme sans avis médical préalable.)

Si un tel régime semble logique pour un athlète en quête de résultats immédiats, c’est parce qu’il l’est. Quand il n’y a pas d’interdit, il n’y a pas non plus de raison de chercher à contourner les règles. Personne n’a à se soucier d’ordonnances byzantines pour éviter de se faire pincer, ni ne ressent le besoin de se rabattre sur des substances à action plus lente.

Six kilos de muscles en deux mois

Tout de suite, Gkolomeev a constaté une récupération plus rapide. La plupart du temps, quand il rentrait d’un entraînement corsé, il s’affalait sur le canapé, claqué. Là, c’est comme si on lui avait mis des accus neufs. Puis sont arrivés les changements qu’il pouvait non seulement ressentir mais aussi voir. En l’espace de trois semaines, il avait ainsi pris 2,3 kilos sans effets secondaires perceptibles.

Au bout du premier cycle de deux mois, prêt à découvrir à quelle vitesse il était désormais capable de courir, il avait pris 5,9 kilos de masse musculaire. “Je me sentais différent dans l’eau et en dehors, commente-t-il. J’avais plus de force, une meilleure récupération, plus de confiance en moi. Tout était mieux, tout. Je pouvais récupérer en une nuit et être prêt le lendemain matin à donner encore plus.”

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Un jour ordinaire, le nageur enchaîne moins de 1 500 mètres, soit tout de même 30 longueurs de piscine olympique, à une allure suffisante pour avoir raison de n’importe quel amateur. Gkolomeev est un sprinteur, et son entraînement, axé sur la puissance explosive, vise à faire de lui une vraie torpille. Il s’était préparé à ce résultat. Ce qui l’a surpris, en revanche, c’est à quelle vitesse son corps changeait.

“Quand votre corps évolue et que vous gagnez en force, ça change tout dans l’eau, votre flottabilité, votre endurance. Il y a quelques menus ajustements à faire dans votre technique – je suis beaucoup plus lourd dans l’eau.”

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ni Gkolomeev ni Hawke ne s’est rendu en Caroline du Nord en février [2025] en espérant sérieusement battre le record de César Cielo. Même revêtu d’une combinaison plus hydrodynamique et plus flottante, conçue pour la nage en eau libre et illégale dans les compétitions en bassin, les 20,91 secondes semblaient hors de portée. Hawke avait même fait savoir à D’Souza que Gkolomeev avait sans doute besoin de plus de préparation : ça ne valait pas le coup de prendre l’avion pour assister à l’épreuve.

Des réactions officielles rapides

Mais, à l’instant où Gkolomeev a plongé ce mardi-là, il a su qu’il allait battre le record. Cinquante mètres. Une longueur de piscine olympique, d’un seul souffle. Pilonnant l’eau du bassin, Gkolomeev projetait des vagues dans les couloirs vides de part et d’autre. Quand il a touché le mur, il a tourné la tête pour regarder son temps : 20,89. Un chrono qu’il n’avait jamais imaginé en vingt ans à enchaîner les longueurs.

C’était aussi plus d’argent qu’il ne l’avait jamais jugé possible dans sa vie d’avant, à respecter le code à la lettre. Il venait de toucher 1 million [de dollars] tout rond, imprimé sur un chèque XXL.

Les réactions au chrono de Gkolomeev ont fusé aussitôt [dès que la vidéo présentant la course a été diffusée, en mai 2025]. Il y avait l’exaltation des supporteurs qui partageaient l’avis d’Aron D’Souza sur les hypocrisies du sport moderne. Il y avait aussi les banderilles de ceux qui traitaient Gkolomeev de tricheur. Sa prestation a inspiré à certains de ses anciens collègues un dégoût profond. Quadruple champion olympique et idole tricolore des Jeux de Paris, Léon Marchand n’y est pas allé par quatre chemins au bas d’un post Instagram de Gkolomeev. “C’est triste”, a-t-il cinglé.

En juin [2025], World Aquatics [la Fédération internationale de natation] est allée plus loin encore en adoptant, au nom de l’intégrité de la discipline, un nouveau règlement qui l’autorisait à bannir tout athlète, entraîneur, coach ou médecin qui “soutiendrait activement ou approuverait une épreuve sportive ou une compétition qui autoriserait tout moyen d’améliorer les performances, parmi lesquels le recours à des substances ou à des méthodes prohibées”. Autrement dit, Gkolomeev n’avait aucune chance de revenir à la compétition officielle, quand bien même il l’aurait voulu.

Les gradins seront-ils remplis ?

Les Enhanced Games ont répliqué en août en réclamant à World Aquatics, à la Fédération américaine de natation et à l’AMA 800 millions de dollars [680 millions d’euros] devant un tribunal new-yorkais, au titre d’une violation des lois antitrust. Dans leur plainte, les dirigeants [des Enhanced Games] soutiennent que ces instances sportives tentaient d’organiser un boycott de facto des Enhanced Games. “Leur fonds de commerce, c’est les records, tacle D’Souza. S’ils perdent la main sur les records, c’est fini pour eux.”

C’est la raison pour laquelle Aron D’Souza ambitionne de décrocher un maximum de records emblématiques. S’agissant d’une discipline composée de plusieurs dizaines d’épreuves différentes, et dans laquelle le lien est évident entre les capacités physiques des athlètes et leurs résultats, la natation offre pléthore d’opportunités à saisir. Mais, hors des bassins, D’Souza lorgne aussi les exploits d’Usain Bolt [retraité depuis 2017] sur 100 mètres. Et il n’a aucun doute sur le fait que les talents sont là. Des milliers d’athlètes ont pris contact avec lui depuis le lancement du projet des Enhanced Games voilà deux ans, affirme-t-il, parmi lesquels “des centaines d’athlètes de stature olympique”.

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D’Souza en aura besoin d’un certain nombre pour garnir ses enceintes quand le coup d’envoi de ses jeux sera officiellement donné à Vegas – moyennant des primes généreuses pour tous. Gkolomeev sera du nombre, fort de plusieurs cycles de l’expérience scientifique à laquelle il se soumet. Il n’aura qu’un objectif : ramener plus d’argent que la natation “propre” ne lui en a jamais rapporté. Si jamais il devait battre son propre chrono au 50 mètres nage libre, il empocherait 1 million supplémentaire.

“Je sais ce que j’ai fait dans ma carrière, commente Gkolomeev. Je sais que j’ai été clean, que j’ai été réglo avec tout le monde. Et, non, je n’ai aucun regret.”