Dans un pays gangrené par le crime organisé, les cartels de la drogue et la corruption institutionnelle, le président du Guatemala, Bernardo Arevalo (centre gauche), élu en 2023 en promettant de “nettoyer” le pays, serait prêt à renforcer la coopération militaire avec les États-Unis “afin de mener des opérations conjointes sur son territoire”, selon The New York Times.

Si le journal américain a fait état “de frappes aériennes”, le gouvernement a tenu à préciser qu’il n’y aura en aucun cas d’envoi de troupes américaines, et que la collaboration devrait se limiter à un “soutien” à des opérations menées par l’armée guatémaltèque. “Par exemple dans la planification des opérations au niveau stratégique ou au niveau tactique”, a précisé le gouvernement dans un communiqué.

La nouvelle, quoi qu’il en soit, a aussitôt suscité l’adhésion des principaux médias nationaux, symptôme de l’impasse dans laquelle se trouve le pays, qui cherche à sortir de la violence. Dans son éditorial, Prensa Libre a rappelé que “la menace du trafic de drogue est transnationale ; elle ne respecte ni les frontières ni les lois ; il est donc nécessaire d’instaurer une bonne coordination diplomatique, juridique, technologique et stratégique entre les gouvernements et les forces de l’ordre”.

Même constat chez le journal local Diario de Centroamerica, qui y voit un “effort nécessaire pour renforcer les capacités de l’État”. Ou encore dans le quotidien La Hora, qui a balayé toute crainte d’ingérence. “On peut débattre de la question de la souveraineté et de la sécurité nationale, mais on ne peut ignorer l’énorme pouvoir et l’influence que les cartels ont acquis en renforçant la ‘narcopolitique’, ce qui compromet gravement cette sécurité et détruit notre souveraineté”, poursuit le journal. Il en a profité pour fustiger les députés qui refusent de voter les lois contre le blanchiment de fonds actuellement bloquées au Parlement.

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Dans les faits, la coopération militaire entre le Guatemala et les États-Unis existe déjà. Ces dernières semaines, plusieurs lieux de production de cocaïne, ont ainsi été démantelés grâce à l’aide des renseignements américains. Le 27 mai, les militaires guatémaltèques ont ainsi découvert le plus grand “narcolaboratoire” des quinze dernières années, à seulement 25 kilomètres de la frontière mexicaine. Et dans le passé, des “narcomaires et narcodéputés [impliqués dans le trafic de drogue] ont été extradés et condamnés aux États-Unis”, rappelle Prensa Libre.

La vieille politique de l’arrière-cour

Mais ce que laissent entendre les responsables américains interrogés par le New York Times, c’est que le Guatemala pourrait aller plus loin et suivre l’exemple de l’Équateur de Daniel Noboa, où, depuis le début d’année, les forces américaines conseillent et assistent les soldats équatoriens lors d’opérations et de frappes aériennes contre des groupes présumés de trafiquants de drogue. Et ont été accusées de possibles bavures.

Selon une source du gouvernement guatémaltèque citée par El País América sous couvert d’anonymat, Washington “exerce une forte pression depuis deux mois [pour] mener des bombardements sur une zone [afin de les] diffuser à la télévision”. Ce qu’Arévalo aurait refusé.

Il y a deux mois, justement, en mars dernier, Donald Trump a réuni douze chefs d’Etat d’Amérique latine et alliés politiques à une Conférence organisée en Floride afin de donner naissance à une sorte de coalition régionale contre les cartels de la drogue, baptisée “Bouclier des Amériques”. Arevalo ne s’y est pas rendu mais y a envoyé plusieurs hauts fonctionnaires.

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Selon le New York Times, Washington chercherait à présent à organiser des actions militaires conjointes avec le Honduras. L’idée étant de “faire pression sur le Mexique” voisin, pour qu’il accepte que les États-Unis “aient une présence sur le terrain et puissent mener des frappes avec des drones”. Ce que la présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a fermement rejeté.

“Les ambitions de Washington vis-à-vis du Guatemala s’inscrivent dans le cadre d’une politique agressive en Amérique latine, conclut El País América. Or, celle-ci a ravivé les échos de la relation traumatisante des États-Unis avec ce qu’ils ont considéré pendant des décennies comme leur ‘arrière-cour’”.